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Peut-être serait-il utile que je me présente. Je m'appelle Emmanuelle Verdier, alias Ema. Je suis apprentie aventurière, apprentie de la vie. Je ne maîtrise rien mais j'ai la volonté de découvrir et d'expérimenter. À travers cet écrit, je vous embarque avec moi sur le chemin de Stevenson. C'est parti !
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ALLER JUSQU'AU BOUT DU MONDE POUR ROMÉO QUI VIENT D'ENTRER DANS MA VIE
J'aurais pu rester dans ma petite bourgade ou le suivre à l'autre bout du monde. Je ne me reconnais pas. J'ai envie de lui crier mon amour, l’inonder de "Je t'aime" mais je me retiens. Nous ne nous voyons que depuis six jours. Je ne veux pas lui faire peur, le faire fuir. J'aurais pu le suivre peu importe la destination, simplement pour être à ses côtés, l'effleurer, le toucher, l'éreinter.
Il est si présent en moi et pourtant si absent. Il ne m'appartient pas. Que dis-je... nous sommes sensés être libres. N'est-ce pas ma valeur numéro une ? Maintenant, j'aimerais ne pas avoir à le partager, l'arracher à son "ex" femme, vivre intensément, sans avoir à nous cacher. Pourtant, je n'insisterai pas. Je laisserai la situation évoluer comme elle se doit.
J'aurais pu le suivre au stage "Marche & Jeune" auquel il souhaite s'inscrire. Il m'avait même proposée un temps de l'accompagner et de m'y inviter. La réflexion s'étant elle-même immiscée, il m'avait fait part de sa volonté d'y aller seul pour mener une réflexion sur sa vie. Je n'insisterai pas, encore une fois.
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DEVENIR UN ÊTRE ENFIN LIBRE, CONNECTÉ À SOI ET AU MONDE POUR ALLER SUR SON CHEMIN DE VIE
Je m'aperçois tristement que je n'arrive toujours pas à m'écouter et que je suis incapable de savoir clairement ce que je veux. Je suis perdue comme souvent. Je l'aurais suivi avant tout pour être à ses côtés, pour que nous puissions vivre un amour libre, laissant les contraintes, la foule, le monde réel du moins le quotidien, loin de nous, pour nous retrouver ou tout simplement nous trouver. Je l'aurais suivi mais le risque n'aurait-il pas été de me perdre en chemin ? Je suis mais je n'impulse pas, en ce sens, je suis assez passive. Je ne suis pas la conductrice de ma vie, la bergère menant ses brebis au pâturage. Je suis une brebis. Je vais où l'on me dit, je me laisse mener. Il est important que je me reconnecte à moi-même, que je prenne des décisions en conscience. Il ne souhaite pas ardemment que je l'accompagne. Je n'insisterai pas. Je me recentrerai sur mes désidératas. Avant ce fameux rendez-vous au café où nous avons passé la soirée à discuter et à boire plus que de mesure pour ma part - prémisses de rencontres magiques au bord de l'eau - j'avais décidé de marcher sur le Chemin de Stevenson.
Initialement, ce n'était pas ma première destination. Je souhaitais poursuivre le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Chaque année, je partais avec mon sac à dos harponné aux épaules. Je vivais 14 jours intenses à chaque fois, me laissant aller d'églises, de chapelles ou d'abbayes à rencontrer des personnes toutes différentes les unes des autres mais bien souvent au cœur pur.
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CETTE ANNÉE, PAS DE CHEMIN DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE MAIS CELUI DE STEVENSON
Cette année 2024 a été bien mouvementée. Après avoir côtoyé pendant presque 23 ans le père de mes deux filles, à en perdre une part de mon identité, je me sépare - enfin. Les mois passés ont été difficiles. La séparation a été compliquée et la désunion reste encore une épreuve à traverser. La famille a éclaté. Mes rêves d'unité familiale ont sombré. Je dois me réinventer, en acceptant de me retrouver seule, face à moi-même. L'angoisse. Plus j'avance en âge, moins j'ai l'impression de me connaître. Oser vivre par moi-même et pour moi-même - sans en oublier mes filles pour lesquelles mon cœur bat plus que tout, être entourée de ma famille, de mes parents - mes phares dans la pénombre - ma sœur, ma bouée émotionnelle quand je déprime. Oser vivre, simplement, évidemment, totalement. Ne pas être dans le faire, du moins pas uniquement et accepter d'être, notamment en me réconciliant avec mon corps.
En ce mois d'août, il fait chaud même très chaud. Les températures culminent. Les nuits sont difficiles. On suffoque. Partir sur le chemin de Compostelle via la voie du Nord, seule, pendant trois semaines ne m'enthousiasme pas tant que ça. Je sais que je continuerai mon chemin et que j'entamerai prochainement ce périple. Maintenant, je sais que ce n'est pas le moment. J'ai besoin de partir, de m'évader, de me retrouver mais moins longtemps.
Le Chemin de Stevenson s'est rappelé à mon bon souvenir. J'ai repris entre mes mains un guide acheté il y a quelques années déjà. J'ai commencé à le feuilleter sans forcément le lire avec grande assiduité. J'ai envie de me laisser porter par la vie, me laisser surprendre. Aussi, la date de mon départ n'est pas clairement définie. Aucun parcours n'a été établi, aucune variante n'a été étudiée ni même découverte. J'ai regardé ce matin les trajets aller de ma bourgade au Puy en Velay. Certains sont très gourmands financièrement. Je chipote. En soi, je peux me permettre de dépenser 5€ de plus. C'est un principe. J'en regorge. Pour l'instant rien n'est figé, si ce n'est que je dois être revenue la dernière semaine du mois d’août pour la rentrée scolaire de mes filles qui sont pour le moment avec leur père.
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PETIT FOCUS SUR MA VIE JUSTE AVANT DE PARTIR SUR LE CHEMIN...
Le père de mes filles n'a pas daigné prendre de son temps pour aider sa grande à emménager dans son appartement à Clermont-Ferrand. Œuvrant pour les causes désespérées, j'ai donc laissé mon beau Roméo, un jour plus tôt pour accompagner ma fille dans cette tâche. Mon père fidèle au poste nous y a amenées grâce à son Berlingo couleur bouteille. Typhaine - ma grande fille âgée de 17 ans - dormant allongée à l'arrière du véhicule, entre ses cartons.
Ma grande maison venant d'être vendue suite à la séparation, je me suis retrouvée dans un appartement de 30m2, dont la seule chambre doit accueillir mes filles et moi-même. Victoire - ma petite fille âgée de 9 ans - est pendant tout le mois d'août chez son père.
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JEUDI 15 AOÛT 2024 - J-1
JUSTE AVANT LE DÉPART : TENSIONS ET NUIT COURTE
Ma grande - venant de se séparer de son chéri quelques minutes avant - s'est invitée pour la nuit et a dormi avec moi dans la seule chambre de l'appartement.
Roméo qui s'attendait à un retour non pas en fanfare mais très musical aussi, a eu à faire face à une ex-compagne très remontée. Malgré les sollicitations et les injonctions à disparaître de leur maison de ville, il a fait face. Il est resté. Il a lu l'histoire du soir à son fils. Ils ont eu une conversation "entre hommes" puis il s'est installé pour dormir. Quelques secondes plus tard, il s'endormait comme une masse à ses côtés. J'ai tenté de résister pour le lire une dernière fois, pour entendre sa douce voix me susurrer des mots doux, à défaut de pouvoir le prendre dans mes bras. Mais il dormait.
Après de multiples démarches administratives - nécessaires avant d'entreprendre le chemin de Stevenson - je me suis décidée à aller dormir. Déjà 1h00 du matin. La nuit s'annonçait courte. Elle le fut. Après seulement 4h00 de sommeil, me voici levée à 5h20 du matin. J'ai du mal à ouvrir les yeux et à me dynamiser, pourtant dans 30 minutes mon père - Panou - sera dans sa voiture, trépignant à l'idée que nous puissions avoir une minute de retard.
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ARRIVÉE AU PUY EN VELAY POUR LES FÊTES DE L'ASSOMPTION
Chemin faisant, les jours ont défilé et les aléas de la vie m'ont menée à arriver au Puy en Velay le jeudi 15 août 2024 - pour les fêtes de l'Assomption. Le diocèse accueille le Cardinal Christophe PIERRE, nonce apostolique aux États-Unis et Mgr Jean-Yves RIAREUX, Évêque émérite de Basse-Terre. Les deux jours ont pour thème : Notre-Dame du Puy : apprenez-nous à prier !
Vue du Puy en Velay, de la salle su petit-déjeuner du gîte
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AUCUNE PRÉPARATION PSYCHOLOGIQUE OU PHYSIQUE SI CE N'EST DES TENTATIVES DE SHOPPING
Les jours ayant passé, ma préparation quant au Chemin de Stevenson n'a pas été plus approfondie. J'ai filé 4 jours et 3 nuits sur le chemin de l'amour avec mon bellâtre, périple entaché par un ex-concubin empli d'aigreur et une future ex-pacsée survoltée et blessée. Je tiens à préciser qu'ils ont acté oralement leur séparation et que je ne suis pas la cause de la rupture mais la conséquence de celle-ci, comme le dirait la sœur de Roméo, que j'ai eu l'honneur de rencontrer hier dans le petit village de Lunel.
Aussi, Il n'y a donc eu aucune préparation, que ce soit psychologique ou physique. J'ai tenté de me donner bonne conscience en allant dans un magasin vendant des articles de sport. J'ai essayé de nouvelles chaussures de marche. Le style "looké" a presque pu me faire croire que j'étais une pro, une grande sportive, mais il n'en n'est rien. Je suis "une grosse molle" qui prend très souvent l'ascenseur et qui ne prend pas le temps de s'occuper de son corps. J'ai hésité un moment à investir dans une nouvelle paire de baskets. Le prix m'a freinée (159€). La bêtise d'acheter et de porter une paire totalement neuve aussi. Elles doivent être "cassées", se faire aux pieds. Il est important de les porter lors de plusieurs courtes sorties au préalable. Je n'avais plus le temps. Le vendeur m'a dit qu'elle tiendrait encore 200 kilomètres. Il faudra qu'elle fasse 100 kilomètres supplémentaires. Elles commencent à se déchirer et le bout plastifié de la basket gauche se décolle. Au final, je n'ai rien acheté. J'ai confiance en la vie. Elles tiendront jusqu'au bout. Maintenant, je ne promets pas leur état après ces 272 kilomètres ! Elles auront été utilisées jusqu'au bout du bout. Une certaine satisfaction.
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J'ASSISTE À LA MESSE DE DÉPART : MOMENT DE COMMUNION
J'escalade un projecteur au sol, j'évite de nombreux câbles jonchés à même les pierres. Je m'assois au dernier rang. La messe a commencé depuis plus d'une demi-heure. À peine assise, il nous est demandé d'aider la paroisse, en se délestant de quelques pièces. Je prépare ma monnaie. Personne ne bouge. Deux hommes passent. L'un d'eux arrive à mes côtés. Il ne me regarde pas. Je mets ma pièce dans sa panière au top de la technologie. Désormais, on peut faire une offrande via sa carte bancaire. Je suis impressionnée. L'homme continue son chemin sans mot, sans merci, sans regard. Une certaine humanité me manque souvent. Peu de temps après, on nous demande de communier ensemble. L'homme et la femme devant moi se retournent. Nous nous sourions brièvement et nous nous serrons la main. C'est le moment que je préfère. J'en avais été émue jusqu'aux larmes, lors des fêtes de noël, probablement parce que je me sentais terriblement seule, ma vie s'étant retrouvée éclatée, mon couple désagrégé. En cette période de joie, je m'étais sentie si seule et pourtant autour de moi de nombreux couples unis notamment par la foi. Une grande intensité émotionnelle avait emplie mon cœur.
À l'église, je n'ai pas les codes. Je ne maîtrise aucun chant. Je me lève quand les autres se lèvent, je m'assois quand les autres font de mêmes. "Repartir dans la joie de l'esprit". Voici la phrase que je retiendrai. La musique est prenante. L'orgue s'exprime et exalte les notes. L'assemblée chante à l'unisson. C'est beau. Je suis calme, je suis bien, mais j'ai déjà mal à la voûte plantaire. Ça promet ! La messe se termine. Certains s'agenouillent une dernière fois avant de disparaître.
J'aime beaucoup cette photo prise. Je trouve que cette sœur a une grâce exceptionnelle.
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LA MAGNIFIQUE ET SURPRENANTE VIERGE NOIRE À L'ENFANT
La place est laissée aux touristes. J'entends les cloches sonner avec intensité à l'extérieur du bâtiment. Mais avant de sortir, je m'approche de la vierge noire à l'enfant. Elle est magnifique et surprenante. Elle me captive toujours autant. Je fais une photo. À côté de moi, une femme nommée Linda semble ravie de sa photo. Je l'interpelle pour la voir. Un faisceau lumineux se dirige sur la vierge. Elle se propose avec son mari Rémi de me l'envoyer (à gauche). J'accepte. Nous nous saluons chaleureusement. Je sors.
La célèbre statue de la Vierge à l'Enfant abritée dans la Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
La messe est finie, le départ s'approche
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COMME LE DIRAIT LE PÈRE, "LES BONNES CHOSES S'ATTIRENT"
Un "père" d'origine africaine parle fort non loin de moi. Il est entouré de femmes ayant la foi. Il rit et sa bonne humeur est communicative. Il ne cesse d'insuffler de la joie et répète régulièrement "Les bonnes choses s'attirent". Je veux bien le croire. Il s'en va et disparait accompagné de deux sœurs.
J'écris sur mon petit carnet, assise aux bas des marches. Une sœur passe à mes côtés et me sourit. Les commissures de mes lèvres se lèvent aussi. J'écris encore un peu. Je me lève et m'en re-vais paisiblement au gîte d'étape.
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DES PETITS CAILLOUX PEINTS PORTEURS DE MESSAGES POUR LE CHEMIN
Dans le hall, deux tables recouvertes de nappes, accueillent des cailloux peints. Certains ont des messages comme "La vie est faite de petits bonheurs" ou bien "La bonne humeur, c'est le début du chemin". Dans une boîte circulaire en bois, une invitation est lancée : "un mot qui sera avec vous sur le chemin". Je ferme les yeux et je prends au fond de celle-ci un petit papier noir. Sur celui-ci est inscrit : "surprendre". Ce mot ne m'inspire pas vraiment. Je décide de tricher et d'en prendre un second. Celui-ci est plus évocateur : "prendre le temps". Il a dû être écrit pour moi. En plein dans le mille. Je me dis que jamais deux sans trois. J'en prends un dernier. Il m'invite à prendre confiance ou à faire confiance.
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MA PREMIÈRE NUIT AU GITE
La porte d'entrée sonne. Je vais ouvrir. Une jeune femme s'excuse. Son code tapé n'activait pas l'ouverture de la porte. Je décide de rejoindre ma chambre. Elle me suit dans les escaliers. Je m'arrête devant la chambre 15, au premier étage et y entre.
Après avoir appelé mes deux filles, je corresponds un moment avec quelques copains. L'heure avance. J'entame mon saucisson acheté pour le chemin. J'active la bouilloire. Je laisse infuser mon thé "Sunshine Godness" dont "les feuilles grandissent sous le soleil pour un goût intense" (Lipton). Je file au deuxième étage. Je prends un yaourt au frigo et je le saupoudre de flocon d'avoine et de confiture de coing. Je retourne discrètement à ma chambre. Les yaourts sont destinées à être mangés au petit matin, au petit déjeuner. Un gamin allume la lumière du deuxième étage. Je me fais "goaler". Impression d'être prise la main dans le sac. Je me demande sur le moment qui est l'enfant et qui est l'adulte. Je tente de me justifier. Je baragouine quelques mots. Il me demande si je suis perdue. Je lui souhaite une bonne nuit.
Enfermée dans ma chambre, je m'enfile l'objet du délit puis file me coucher dans un vrai lit, même si le matelas creusé au centre laisse imaginer qu'il a dû faire son temps.
22h15 - J’éteins la lumière. Fenêtre ouverte, j'entends les basses en fond sonore du spectacle de Salve Regina auquel je n'ai pas eu l'énergie d'aller.
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VENDREDI 16 AOÛT 2024 - JOUR 1
ASPIRÉE DANS LES ANTRES DU MATELAS CREUSÉ PENDANT UNE NUIT CHAOTIQUE
6h00 - Je me décide à me lever. Pas que je n'ai plus sommeil ou plus envie de rester vautrer dans un lit. Je suis crevée. Je n'arrive toujours pas à me régénérer. Je comprends désormais la nécessité ultime de prendre soin de la literie. Le creux au centre du lit est tellement prononcé que je me suis sentie aspirée toute la nuit dans les antres du matelas. De multiples réveils m'ont poussée à découvrir l'heure au fil de la nuit. Levée, ma vision est complètement brouillée. Depuis une année, je n'ai pas pris le temps de m'acheter des lunettes pour presbyte. J'essayais peut-être de ralentir le processus de vieillissement ou peut-être n'avais-je tout simplement pas le temps.
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UNE DOUCHE SANS SAVON PARCE QUE "FLEMME"
6h30 - Je ne vois fichtrement rien à ce que j'écris sur mon petit calepin. Sortie de ma chambrette, je file à la douche. Des bruits de pas font grincer fortement le sol en bois du deuxième étage. Un couple bâton à la main sort de la pièce à côté de la mienne. Je vais prendre la douche que j'aurais dû prendre hier, si je n'avais pas été atteinte d'une flemmingite aiguë. Je n'ai pas envie de sortir mon petit bout de savon de Marseille et de le retrouver par la suite collé à sa petite pochette en plastique. Je tente une entrée dans les deux douches à la recherche - qui sait - d'un gel douche oublié. Pas de bol. Je sors ma mini serviette très légère en micro-fibre qui ne sèche pas vraiment et qui n'offre pas de réelle satisfaction si ce n'est qu'elle ne tient que peu de place. Douche chaude au programme. De la moisissure est présente au haut des murs malgré le système de ventilation. Ça change de l’hôtel "luxueux" dans lequel je me trouvais il y a seulement quelques jours, au côté de mon bellâtre.
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UN LONG PETIT DÉJEUNER POUR NE PAS AFFRONTER LE MOMENT DU DÉPART
Quelques instants après, je reviens dans la chambre. Le jour est presque levé. La fenêtre ouverte, le calme est présent. Il contre-balance l'agitation au sein du gite d'étape. Je décide de filer au petit déjeuner avant qu'il n'y ai plus rien à manger.
Arrivée dans la salle de restauration, deux jeunes femmes sont déjà installées. Elles préparent leur sandwich et même leur petit sac, probablement pour le repas de midi. Elles ne disent pas bonjour et semblent ne même pas me voir. Pas envie de faire d'effort. Je ne dirai rien aussi.
Je m'assois à la même table qu'hier. Fenêtre ouverte, le jour continue à se lever. Il fait bon. Ni trop chaud, ni trop froid. Affublée d'un short noir, je bois mon thé en écrivant de l'autre main. C'est calme. J'entends le moteur du frigo ronronner.
Les femmes sont parties depuis 10 minutes environ. L'une d'elle a oublié son téléphone vers les céréales. Je ne fais pas l'effort de le lui faire remarquer. J'ai du mal à comprendre qu'on puisse faire disparaitre totalement une personne de son champ visuel. Quelques instants après, elle revient puis s'efface à jamais. Retour au silence.
Mon thé à un nouveau message :
"Offrez-moi à une personne à qui vous tenez".
Je te boirai petit thé et pour te satisfaire, toutes mes pensées iront aux personnes que j'aime. Me lever de ma chaise est difficile. Le déjeuner se prolonge.
Je crois que je suis déjà la dernière. Je sens la procrastination retarder le moment du départ pour ne pas marcher et être éventuellement face à des difficultés au vu de mon grand entrainement.
Mes derniers instants avant le grand départ
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LE TEMPS FILE MAIS JE PRENDS MON TEMPS AVANT DE PARTIR
Dans la chambre, je rassemble mes affaires. Je remonte à la salle des petits déjeuners pour jeter mes déchets et ramener mon verre à thé. Comme hier, je croise le jeune garçon âgé de 13 ans environ. Je l'interpelle. Il me dit qu'il vient de finir son chemin et qu'il rentre chez lui ce soir. Nous nous sourions. Je suis admirative. Il a l'air très gentil et bon. Il me souhaite "bon courage". Je le remercie, descends les escaliers et m'en vais. Le temps file mais comme le petit papier le disait, je dois prendre mon temps. Mais il faudrait tout de même se bouger un petit le popotin !!!
Petits souvenirs avant d'arpenter le Chemin de Stevenson - Départ imminent !
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J'ai enfin réussi à partir du Puy-en-Velay.
Derniers moments au Puy-en-Velay, avant la montée
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LE T
Je continue la montée à travers le poumon vert du Puy en Velay. Je m'entends respirer et les oiseaux jacqueter. Le sol est légèrement mouillé. Le chemin est constitué de pierres volcaniques. Je transpire déjà bien. Le soleil n'est pas apparu. Ce n'est pas plus mal. La ville s'éloigne et se dérobe sous mes pas. Chaque fois que je sors mon carnet est une occasion de faire une micro-pause. Je crois que je vais écrire 600 pages.
Mon œil gauche va mal. J'y vois vraiment très flou. En effet, je ne suis pas uniquement presbyte mais j'ai l'honneur d'être aussi myope et astigmate mais par coquetterie, j'omets de porter mes lunettes. De toute façon, je ne les ai pas prise. Mon sac était trop lourd. Effectivement, la mauvaise foi se cheville à mon corps.
Je pénètre dans un village. Quelques bruits légers notent une présence humaine. Je suis prise par la joie. Je suis heureuse de marcher ici et maintenant. Je m'arrête manger mes premières mûres au détour d'un virage. L'eau coule à une fontaine. Je continue sur un chemin goudronné qui a subit les affres du temps. Trois chevaux dans un champ - un blanc, un marron et un noir. La France est représentée dans sa diversité. Un écriteau m'indique que je traverse un espace naturel préservé par le conservatoire d'espaces naturels d'Auvergne. Je passe sous un tunnel me permettant d'éviter une route à fort roulage. Le chemin pierreux est jonché d'escargots. Je tâche de n'en écraser aucun. Paf. C'est le drame. L'un d'eux succombe sous mon pied lourd. Je m'en veux. Je suis un monstre. Excuse-moi petit escargot. Je t'aime. Je redouble de vigilance.
Mon short a tendance à régulièrement remonter menant mes cuisseaux à frotter l'un contre l'autre. Régulièrement, je donne une petite impulsion pour le redescendre comme il se doit et m'éviter des plaques rougeâtres causées par l'irritation.
Au rythme où je vais, ce soir je n'aurais marché que 10 kilomètres. Pas grave. Même pas mal à mon Égo ! Je foule une terre d'un brun chaud comme peuvent l'être mes entre-jambes. Je me colle aux muriers. Un homme en tracteur passe sur le petit chemin. Nous nous saluons. Des mottes de foin sont posées délicatement dans les champs. Un joli couple souriant me dépasse. Je leur dis :
"À tout à l'heure, peut-être !"
Le ciel est gris. Certains nuages bas cachent les reliefs. L'agriculteur laboure son champ. Je croise une dame d'environ 70 ans avec ses bâtons de marche. Elle m'interpelle :
"Un temps idéal pour marcher ! Vous allez vous régaler !:)"
J'acquiesce et je souris. Je me sens bien. Je suis dynamique. J'ai le "moove". Ma cadence est rythmée. Au loin, j'entends toujours sourdement la nationale.
Lecture de quelques messages WhatsApp. J'envoie trois photos à Roméo du Puy qui s'éloigne. Il me cite l'adage :
"L'important ce n'est pas la destination, c'est le voyage".
Un trailer passe accompagné de son border collie. Un marcheur emboîte le pas. C'est une jeune femme seule. Elle me salue et continue. Je laisse une certaine distance se créer. Pour l'instant, être seule ne me dérange pas. J'apprécie ce moment avec moi-même. Quelques personnes sont à contre-sens. Elles marchent légèrement. Je suppose qu'elles ne font pas le chemin. Le premier couple est désormais assis sur un banc. Face à eux, une croix. Elle lit à haute voix un livre. Il l'écoute. Ils sont paisibles et sereins. Un homme débroussaille. Je me touche le haut de mes cuisseaux graisseux. Ça bougeotte. Je m'arrête dans la zone résidentielle que je traverse. Un couple se dispute. Elle parle fort :
"Si tu n'es pas content, tu n'as qu'à faire la bouffe !"
Il lui répond :
"Vu comme tu la fais !"
Vive le couple, vive l'amour. Je reprends. Le couple du banc me rattrape. Pour le moment, je n'ai fait que 6,8 kilomètres. C'est très peu. Dans 3,2 kilomètres, je serai à l'Holme. Pour le moment, je traverse Coubon Volhac. Beaucoup de maisons neuves semblent s'y construire. Je passe devant un panneau qui m'indique que je franchis le 45ème parallèle. Je me dirige vers le centre du bourg. J'ai espoir d'y trouver un distributeur à billets. Trois personnes me doublent. L'afflux arrive. Je passe le pont qui surplombe la Loire. Quelques commerces ça et là mais pas de banque à première vue. Je me dirige vers l'église, déformation "Saint-Jacquienne". L'église Saint-Georges, léguée à l'Abbaye du Monastier-sur-Gazeille en 1090 ne nous laisse à admirer que la partie centrale de la façade. Le reste n'ayant pas subsister. Elle accueillera cette après-midi une cérémonie pour Marie-Thérèse qui est partie dans l'haut de là. Retournant en ville, en faisant dos à l'église, une illumination divine : un crédit agricole. Merci mon Dieu ! Je vais pouvoir m'offrir un bon Coca Cola glacé.
11h00 - Je suis toujours affalée sur ma chaise, en terrasse, pianotant sur mon téléphone et me délectant de ce fameux Coca zéro. Mon père vient de m'envoyer une potentielle opportunité immobilière dans mon village. Ça me fait râler car je viens de partir pour minimum 12 jours et je n'arrêterai pas ma marche. Comme dirait mes jeunes lycéens : "In Shallah". Je range mon pull encore humide dans mon sac, termine les dernières gouttes de ma boisson, renfile mes baskets, replace mon sac à dos sur mes épaules.
Le soleil commence à poindre. Je vois que je ne change pas. Comme sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, je prends le temps de vivre.
2,1kilomètres de montée non stop jusqu'à l'Holme. J'ai chaud. Je transpire à grosses gouttes. Une petite brise est heureusement présente et caresse mon corps avec douceur. Je suis à 808 mètres d'altitude. Des milliers d'idées, de pensées, traversent depuis ce matin mon esprit, sans jamais aboutir à une réflexion plus construite. La cloche d'un village sonne au loin. Il est midi. Je bouge régulièrement les lanières de mon sac trop lourd, symbolisant le poids sur mes épaules, cette vie qui a tendance à me plomber par moment. Le soleil s'exprime désormais joyeusement. Je fixe l'horizon et je marche. Je repense à la citation de Roméo. J'ai du mal à marcher pour marcher tout simplement. J'ai tendance à tout ramener à la finalité, la destination finale. Simplement vivre ces instants de bénédicités, ces plaisirs que nous offre notre existence.
12h20 - Je daigne enfin commencer à boire dans ma bouteille d'un litre. J'entends Roméo me dire que ce n'est pas sérieux. Des gravillons s'insèrent dans mes chaussures montantes. Je ne sais pas comment je me débrouille. Je continue, tachant de les enlever en les poussant, de temps en temps.
Des vaches et des taureaux mâchent de l'herbe. Ils me fixent. Je les admire de loin. Un veau tête sa génitrice. Je passe à Archinaud et m'engage sur le chemin du Bois-Royer. Tous les marcheurs doivent faire une pause. Je ne croise plus personne. Quelques instants plus tard, je rencontre deux hommes d'une trentaine d'années. Samuel et Paul travaillent pour la Région, en Normandie. Ils vivent à Camp. Ils me proposent de déjeuner avec eux. Je décline. J'ai envie de marcher encore un peu. Le sac à dos vissé sur mes épaules, nous conversons ensemble dix bonnes minutes. Le soleil tape. Ils dormiront à Monastier-sur-Gazeille, comme le jeune couple rencontré ce matin. Le trailer me recroise. Son chien le suit toujours. Grand sourire aux lèvres, nous échangeons succinctement sur nos destinations. Il repart au Puy. Je lui dis de filer pour ne pas casser son rythme. Il disparait. Je continue à manger des mures de ci de là, les chaussures remplies de gravillons. Je me résigne à les enlever. Flemme quand tu nous tiens ! Envie de m'arrêter. Ma voûte plantaire commence à me lancer. Déjà ! Mais aucun lieu ne m'appelle. Je ne cesse de rabaisser mon short. Je sens la partie interne de mes cuisses se frôler, s'exciter et chauffer. aïe !
13h13 - Il est temps de se poser mais le chemin tout droit est "tristouille". Au bout, un couple se remet en marche. Je vais voir l'emplacement qu'ils avaient choisi. Assise sur une grosse pierre, face à moi un champ coupé aux herbes séchées, laisse place aux collines et à l'horizon. De nombreuses mouches virevoltent. J'entends du bruit dans la forêt. C'est une personne qui plie ses affaires pour repartir en chemin. Je ne l'avais pas vue. Heureusement, elle ne verra pas ma lune. Je mange avec joie mon sandwich concocté avec Trois vaches qui rit, ce matin, au gîte d'étape. Le dessous de mes pieds me lance. Je me couche par terre, sur ma micro-serviette désormais sèche suite au temps passé accrochée à l'épingle à nourrice maintenue à mon sac. Par gourmandise, je me coupe deux tranches de saucisson. Je regarde l'état de mes jambes. Je n'ai pas eu le temps de m'épiler. Je ressemble à un yéti. Ça promet ! Les mouches s'amusent à me piquer les jambes et les pieds. Ces garces font mal ! Je retourne mes chaussettes. Je me verrai bien dormir ici, ou plutôt ne pas repartir. Je m'enfile une dernière tranche de saucisson, m'hydrate un peu, sors du sac un bandeau pour protéger ma tête du soleil, place un peu de crème solaire indice 50 sur mon visage et mes épaules, replace mes chaussettes, remets mes chaussures, range la serviette de bain, mon sweat et le saucisson puis je passe de la crème Nok aux entre-jambes.
14h15 - Il est temps de repartir mais avant je regarde deux petites vidéos envoyées par ma mini. Elles me permettent de rester connectée avec elle. En retour, j'adresse une capsule vidéo à mes deux filles. J'en profite pour lire les quelques messages de mon bellâtre qui part ce jour à un mariage avec sa futur ex-compagne. L'énergie sera bien différente.
Dans cette société de l'immédiateté, je suis tentée de me téléporter directement à l'arrivée mais ce n'est pas l'esprit de la marche. Elle se doit d'être lente, d'entrer en lien avec mon vrai-moi. Juste avant d'arriver à l'Herm, je croise quatre hommes positionnés dans un espace plus élargi. Ils jouent à la pétanque. Je leur souhaite une bonne partie. La bourgade est à 892 mètres d'altitude. Dans 3,4 kilomètres, je serai au Monastier-sur-Gazeille. Pour le moment, le GR430 - chemin de Saint Régis suit toujours le même itinéraire. Après avoir cheminé à travers le bois, j'ai poursuivi par un chemin de trail qui n'a fait que monter. Un beau terrain de jeu pour les sportifs. Arrivée au Mont, à 896 mètres d'altitude, je me pose à nouveau. Une table m'accueille. Je m'hydrate et je me plonge dans le guide que j'ai emmené dans ma besace : le TopoGuides du chemin de Stevenson. C'est calme. Je m'endormirais presque. Dans 2,2 kilomètres, j'arriverai à Monastier-sur-Gazeille. J'en serai alors à 19,3 kilomètres parcourus, encore loin des 25 kilomètres par jour que je me suis fixée. Un camping "L'Estrela" s'y trouve. Je ne sais pas si je m'y arrête ou pas. Je pense que je vais m'y poser. Y aller tranquillement, petit à petit et tenir sur la durée, tout simplement. Après un petit tour sur internet, je ne pense plus m'y rendre. 19,50€ pour planter sa tente dans un camping sans réelles prestations, je trouve ça trop cher, qui plus est que certains gites comme celui nommé "Stevenson" propose des nuitées à 17,50€.
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JE RETROUVE LE GROUPE DE SIX PERSONNES, À COUBON
Entrant un peu plus dans le village, je file à l'office du tourisme puis entrant plus dans le village, je retrouve un groupe dont je n'ai pas parlé précédemment, qui entamait la montée après le centre de Coubon. Ce groupe constitué de six personnes n'avait pas daigné me dire bonjour. Ils sont assis au café. Le ton est jovial. Nous commençons à discuter. Un fils d'une cinquantaine d'années fait le chemin avec son papa âgé de bientôt 87 ans. L'ami du père d'un certain âge a fait Saint Jacques de Compostelle en totalité. Il a mis un mois pour la partie française et deux mois pour la partie espagnole. Je leur apprends qu'un carnet d'étapes existe. L'Ami m'informe que c'est la sixième fois qu'il fait le chemin et qu'il n'en n'a jamais entendu parler. Enthousiaste, il file avec le fils à l'office du tourisme, non loin. Ils en profitent pour acheter six carnets d'étapes, un pour chaque membre du groupe.
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ADMIRÉE PAR UN HOMME DE 86 PRINTEMPS ET DISCUSSION PROFONDE AVEC CETTE SOURCE D'INSPIRATION
Pendant ce temps, je reste seule avec l'homme aux 86 printemps. Il me dit qu'il m'admire et que j'ai bien raison de marcher seule sur ce chemin. Il me raconte sa vie. Ses yeux pétillent. Il a rencontré sa femme il y a plus de 65 ans. En 15 minutes, le coup de foudre les avait réuni. Ils se sont profondément aimés. C'était une femme dynamique et indépendante. Près de la frontière belge, il se posait régulièrement dans un lieu où il lisait "Apprendre à vivre et à penser" (1957-1958) de Jean GUITON. Il y voyait sa belle prétendante qui venait chercher du lait. Ils conversaient. Quelques années plus tard, leur amour était toujours aussi fort. Ils se marièrent. En 2011, elle fut atteinte d’Alzheimer. Il l'a accompagnée, aidée, soutenue. Son amour est resté indéfectible. Elle a dû entrer en Ehpad car elle s'enfuyait. Un jour, elle s'est perdue. J'essaie de le rassurer et de lui dire que sa décision aussi difficile soit-elle est une décision d'amour. Accepter de la laisser pour qu'elle puisse avoir les soins nécessaires. Depuis 13 ans, il lui porte un grand amour et il ne s'autorise pas à partir loin d'elle. Il m'avoue avoir rencontré à nouveau "le grand amour". Je lui dis qu'il en a encore le droit, que c'est beau et qu'il est très "moderne" puisqu'il est possible d'aimer sincèrement deux femmes. C'est le polyamour. Je lui demande si ses enfants sont au courant. Il acquiesce. Je l'admire. Aimer aussi intensément un être toute sa vie, conserver des yeux emplis d'étoiles en parlant de sa femme, c'est beau. J'aimerais pouvoir parler ainsi de mon Homme et aimer avec autant d'intensité et de passion.
Je file aussi à l'office du tourisme faire tamponner mon carnet d'étapes. Une fois fait, je retourne au café pour les accompagner et boire ma petite bière du soir. Le fils et l'Ami sont à la douche.
Il m'invite à son anniversaire le 22, si on se revoit. Ça me touche.
Ils annoncent de la pluie pour 17h00.
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UNE PATRONNE DE BAR "ABRUPTE" M'INVITE À DÉGAGER ET UNE RESPONSABLE DE CENTRE D'ART CONTEMPORAIN ME PRÉSENTE SES ARTISTES
17h05 - Je décide de continuer mon chemin. Un peu plus loin dans le village, je m'arrête dans un magasin bio m'acheter un demi pain de seigle. Il peut tenir une semaine. Il sera consommé avant. Lui faisant face, un petit bar. Je m'installe à l'intérieur. La patronne du café est assez "spéciale". Je n'adhère pas particulièrement à sa personnalité un peu abrupte. J'en profite pour recharger mon téléphone. Je m'en vais, quelque peu poussée à l'extérieure car elle souhaite partir et fermer le bar pour vaquer à ses occupations. Je file donc. Il pleut un peu. Je mets mon coupe-vent et je protège mon sac.
Sur l'axe central un Vival m'invite à entrer. J'achète un paquet de cacahuètes, l'un de mes péchés mignon. Ce n'est pas en mangeant du saucisson et ces petites friandises que je maigrirais. Je sors du village. Juste avant de descendre sur la route, une chapelle. J'y entre. Elle est désacralisée. La propriétaire des lieux - qui a un autre centre d'art contemporain - me présente le travail des différents artistes exposés. Je ne reste que peu de temps.
Je ne sais toujours pas où je dors ce soir.
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UNE DOUCHE À LA RIVIÈRE ET UN HOMME ÉTRANGE SOURCE D’INQUIÉTUDE
Au bas du village, se trouve un camping. Il dispose d'une piscine. J'ai fait le choix de ne pas prendre de maillot, trop encombrant. Mon sac à dos est déjà presque en obésité morbide. Je traverse un petit pont. Une feuille collée à un panneau indique que l'eau de baignade est de bonne qualité. Je me pose en contre-bas. Il n'y a que deux passants au loin. Je me déshabille. Je garde ma culotte. Je file à l'eau. Elle est agréable. En peu de temps, je ne suis plus collante. Ça fait du bien. Ce sera ma douche du soir. Je range mes affaires de pluie. L'orage n'a pas eu lieu. Je cache au fond du sac mes cacahuètes pour éviter d'ingurgiter tout le paquet.
Assise, en train d'écrire, je ne veux pas trop bouger. Un jeune homme aux mouvements saccadés (trouble autistique, autres ?) reste de l'autre côté du pont. Je veux qu'il parte. J'ai l'angoisse d'être suivie et agressée. Il semble repartir vers le camping. Je le surveille, l'air de rien. Mieux vaut un peu de paranoïa que pas du tout. Je me décide à repartir.
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J'OSE ENFIN MA PREMIÈRE NUIT SEULE EN BIVOUAC EN FORÊT
Une belle blonde a posé sa tente à deux pas du chemin. Nous nous saluons. Grand sourire. Je continue. Quelques minutes plus tard, je trouve un lieu visible du chemin. Il est en légère pente mais plat. Un cercle de pierre permettant d'accueillir un feu est présent. Trois rondins de bois semblent faire office de siège. Je ne suis pas persuadée d'être dans la légalité. Je crois que je dois m'éloigner du chemin. Pas grave, je reste. Je décide de me couper deux tranches de saucisson et de m'installer dans la tente montée et installée en moins de 20 minutes. Une nuée de moustiques connait déjà parfaitement la saveur de ma peau et s'en sont délectés. J'ai posé mon saucisson et mon pain sur une branche d'arbre à 3-4 mètres. Ce n'est peut-être pas suffisant. J'espère que ça le sera. Je n'ai plus trop d'eau. Je dois veiller à y faire attention et à garder une réserve pour demain matin. Mon petit déjeuner sera constitué d'une pomme. C'est la fête !
Roméo m'a écrit. Je tiens profondément à lui. Il cite Clint Eastwood :
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"La plupart des gens meurent à 25 ans, mais on les enterrent à 75 ans".
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Il me joins un texte qu'il vient de voir à l'instant :
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"On ne meurt pas quand notre corps a cessé de fonctionner, on meurt quand on a cessé d'aimer la vie, de rire, de croire en nos rêves, d'utiliser nos talents, d'avoir des projets. Il ne suffit pas de respirer pour être vivant, il faut aussi arroser notre existence de choses qui nous rendent vivants !"
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20h20 - L'intensité lumineuse faiblit. Bientôt l'obscurité prendra place. Je dois veiller à conserver de la batterie pour demain. Je ne tarderai donc pas à tenter de dormir. J'espère vraiment pouvoir y arriver. Cette journée a été très riche. Vivement, demain ! Vive la vie ! Vive le chemin !
J'y arrive enfin ! Ma première nuit de ma vie, seule, en bivouac, en forêt
Dans la montée, à travers les bois, j'ai trouvé un "spot", un espace plat. J'y ai planté ma tente assez rapidement puis je m'y suis enfermée à cause des nombreux moustiques. Je ne perçois que des variations d'intensité lumineuse. J'ai écrit un peu.
Puis, la nuit tombante, j'ai décidé de remettre mon téléphone portable en mode avion pour garder de la batterie. C'est essentiel. On ne sait jamais. Mon couteau était ouvert et ma bombe Lacrymo à mes côtés. J'ai veillé à ne pas trop boire d'eau pour pouvoir tenir les 8 kilomètres suivants, jusqu'au prochain village.
Pendant la nuit, tous mes sens me semblent anesthésiés si ce n'est l’ouïe. Celle-ci est décuplée. Je suis en alerte. Quelques oiseaux chantent, un chien aboie régulièrement et un âne brait au loin. Quelques grincements. La nuit tombée, je me dis que la peur d'une agression s'éloigne et laisse place à la peur des animaux sauvages. Je n'arrive pas réellement à dormir.
1h15 - Je décide de prendre un demi-comprimé pour m'ensuquer. Je râle toujours quant à ma tente. Mon sac de couchage est tout moite. Il en est de même pour mon matelas de sol. C'est extrêmement désagréable. Je dors en short et T.shirt.
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SAMEDI 17 AOÛT 2024 - JOUR 2
TELLEMENT FIÈRE DE MOI, J'Y SUIS ARRIVÉE !
7h30 - Je me réveille. Je suis déjà habillée. Parfait. Je suis toujours vivante, tout va bien. Même si je n'ai pas assez dormi - un grand classique, je suis heureuse de cette expérience très intéressante réalisée hier soir. Cela fait des années que j'aspirais à faire du camping sauvage seule. J'ai toujours eu peur des agressions et des bêtes sauvages notamment des sangliers.
Mon œil gauche ne va pas très bien, il défaille. J'y vois très mal.
Replier ma tente est compliquée. J'ai des difficultés à compresser les différents éléments pour qu'ils rentrent dans leur sac respectif.
8h30 - je pars enfin.
Marcher seule au petit matin, sans croiser quiconque, saluer les vaches, sentir de lourds cailloux sous mes pieds est un véritable bonheur, même si j'ai soif. J'ai mal géré mes 1L33. Hier, j'aurais dû recharger en eau, au cimetière. Deux corbeaux sur du fumier s'envolent. Le chant des oiseaux au loin m'accompagnent. J'hume l'odeur des champs.
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RÉVÉLATION DU MATIN : ÊTRE PLUS SOUPLE ET MOINS INTRANSIGEANTE AVEC MOI ET MES FILLES
Petite révélation du matin. Je me retourne et je vois un couple avec un chien assez près de moi. Intérieurement, je me compare. Je n'avance pas assez vite. Je me déprécie mais ça... je le savais déjà. Par contre, je fais un parallèle avec ma grande par rapport à ses études. J'essaie toujours de la pousser vers l'avant pour qu'elle fasse encore mieux. Ne pourrai-je pas tout simplement apprécier ce qu'elle fait déjà tout comme ne serait-il pas possible d'être fière de moi pour ma marche, dans l'ici et le maintenant ?
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À L'AFFUT D'UNE SOURCE D'EAU
Je passe par Courmarcès et parle quelques instants avec un retraité bien dynamique qui a fait de nombreux GR. Je reprends. Au Cros, j'interpelle une fillette d'environ 10 ans. Elle a une bouteille d'eau à la main. Je lui demande où elle va la remplir. Elle me signifie que l'eau du lavoir est potable même si rien n'est précisé. Je remplis entièrement ma bouteille d'un litre et ma petite de 33cl. J'en profite pour boire cette eau très fraîche.
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DEUXIÈME JOUR ET JE COMMENCE À VOIR RÉGULIÈREMENT LES MÊMES RANDONNEURS
Je recroise l'Ami. Il est à contre-sens. Il m'explique qu'il va garer la voiture plus loin et qu'il part ensuite à la rencontre du groupe. Il me reste 1,6kms avant d'atteindre Saint Martin du Fugères. Je commence à revoir les mêmes têtes. Ça fait plaisir.
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ADIEU TARTELETTE AUX MYRTILLES CONGELÉES
Je me pose à la boulangerie/épicerie/café. Je prends comme boisson un Minut Maid à l'orange et une tartelette aux myrtilles. Le boulanger me déconseille de la prendre. Elle est encore congelée. Sa femme lui fait les gros yeux. Je le remercie et dis que le chef a raison et que ça m'évitera de râler. Je décide de prendre un pain au chocolat. Je vais aller beaucoup plus vite après !:) Des hommes sont posés au bar. L'ambiance est bonne. Tous les anciens du village défilent soit pour boire un café, soit pour acheter du pain. J'écris sur mon petit calepin en buvant mon jus d'orange et en me gavant avec ma viennoiserie. Il fait beau. Pourtant une fine averse tombe une dizaine de minutes. J'attends qu'elle passe.
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HERVE CROIT QUE JE SUIS "LE DIABLE"
Je file avec Hervé, arrivé il y a quelques minutes. Nous commençons à discuter et marchons un moment ensemble. Il a aussi commencé au Puy en Velay. Il a déjà marché sur plusieurs GR, cette année. Initialement de Roubaix, il vit à Paris et aime beaucoup cette ville. Il vient de vendre sa société de menuiserie aluminium. Il accompagne toujours les repreneurs. Désormais, il ne travaillera plus. Il n'est pas en âge d'être à la retraite. Je suppose donc qu'il peut financièrement se le permettre. En parallèle, il est thérapeute spécialisé dans l'hypnose et le chamanisme. Il est aussi passeur d'âmes. Je lui pose de nombreuses questions. Chaque matin, il tire son tarot. Ce matin il a tiré deux cartes. La première était l'Hermite et la deuxième, le diable. Il m'explique que le mot "diable" vient de diablo qui en soit n'est pas forcément négatif. Il peut être porteur de changement, nous pousser à ne pas rester dans notre routine, en cassant les schémas neuronaux. Il me demande si je ne suis pas le diable.
"Non monsieur, je suis de la force blanche !"
Vision judéo-chrétienne. Il marche aussi en autonomie. Nous arrivons à Gaudet, à 774m. Le château de Beaufort n'est qu'à 700m. Je laisse Hervé. Il va partir à la recherche d'aliments pour se substanter à midi.
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À L'OMBRE D'UN ARBRE, SUR UN TRANSAT, JE PROFITE ET REGARDE LA VIE AUTOUR DE MOI
Pour ma part, après seulement 2 kilomètres, je m'arrête à nouveau pour boire un Coca zéro. Je m'installe sur un transat, à l'arrière de l’hôtel restaurant de la Loire. Je parle un moment avec la propriétaire. Elle accueille actuellement des amis et gère 13 enfants, sans compter les adultes. Elle a repris le lieu, il y a deux ans. Il appartenait à ses parents. Elle a fait de gros travaux de rénovation. Avec son mari, ils ont tout chiné. Tout a une histoire. Elle touche quelques mots à ses amis. Ils embarquent tous les enfants voir un homme au village d'à côté qui traie les vaches et produit ses glaces. Elle se retrouve seule avec le chien. Elle souffle un peu. Elle est fatiguée. Elle travaille 7 jours sur 7 depuis début mars. Le rythme est intense jusqu'en octobre. Je suis seule dans le jardin, à l'ombre sous un arbre. Devant moi, un boxer s'étale de ton son long. Le temps file et j'ai l'impression de passer plus de temps assise qu'à marcher.
12h12 - Je crois vraiment que je m'en vais mais 20 minutes plus tard, je suis toujours assise à l’hôtel restaurant, à écrire.
12h35 - Toute la family débarque. Les gamins sont effectivement très agités. 10 kilomètres au compteur en 4 heures. Une vraie petite glandeuse - égale à moi-même. Je suis incorrigible !:)
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LE T
Je passe et j'admire le rocher et la Tour de Pipet. Un coq chante. Je retrouve Hervé, attablé. Il n'a pas trouvé de quoi de restaurer et vient de prendre un sandwich à l’hôtel restaurant. J'enjambe la Loire par un pont et je m'éloigne. En contre-bas, un homme nage seul. Je me baignerai bien aussi, mais je dois vraiment avancer ! Je marche un moment sur la départementale 49. Les voitures sont face à moi. Ainsi, je vois les danger potentiel arriver. À chaque fois qu'une voiture s'écarte, je fais un signe de la main pour remercier l'automobiliste. La plupart, me renvoie celui-ci. Dans 800 mètres, j'arrive à La Faye. Une longue montée s'engage. Je gravis un chemin pierreux qui s'élève à gauche à flanc, dans la forêt. Montagnac s'offre à moi. J'en profite pour boire un peu. Je stoppe et m'écarte pour laisser passer un tracteur. Nous nous saluons. Hervé arrive à son tour. Je me suis posée sur un muret pour écrire. Nous repartons. À peine 10 mètres après, je retrouve le groupe de sept personnes. Je m'arrête avec Hervé. Ce dernier se présente. Je leur demande leurs prénoms. Guy est l'Ancien, son fils se nomme Jérôme alias Rambo. L'Ami a pour prénom François et les trois femmes se reconnaissent aux doux prénoms de Véronique, Line et Élisabeth alias Babeth. Deux femmes d'une cinquantaine d'années, croisées dans la montée pierreuse et qui se reposaient dans un champ sont à la fontaine. Les deux gardoises nous signifient que l'eau est potable. Je bois la moitié de ma bouteille d'un litre puis la remplis. Nous repartons, mais avant, je sors une pomme de ma besace. Je n'ai pas spécialement faim. Celle-ci me contentera pour le moment. Hervé file. Je me retrouve avec les gardoises. Elles me proposent de boire un café à Ussel. Bien entendu, j'accepte. Je m'enfile une part de gâteau au citron et au pavot. Il est très bon. Les deux marcheuses se nomment Anne et Christine. Elles sont amies et cousines éloignées. Elles se sont rapprochées lors des manifestations anti-covid. Christine a fait sa maison complètement autonome. Anne me fait connaître un nouveau mot : "un réboussié". C'est une personne qui va à contre-sens. Exemple : tu me dis de passer par la droite, je ne t'écouterai pas forcément. C'est de l'occitan provençale.
Le groupe arrive. L'ami boit un café. Les autres l'attendent. Ils repartent. Anne m'offre ma part de gâteau. Merci !:) Elles repartent. Je lis une citation :
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"Le marcheur habite un paysage, il y est lové, logé par la répétition indéfinie de ses pas..." NoNna - la propriétaire du café
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Elle ne sait plus d'où celle-ci est extraite. Dans le village, une vieille dame assise dans un transat, coiffée d'un chapeau de paille, lit sans son jardin.
Une citation est écrite sur un morceau de bois que l'on peut faire rouler :
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"Le voyage ! Je voyage pas pour aller quelque part, mais pour voyager. Je voyage pour le plaisir du voyage. L'essentiel est de bouger, d'éprouver d'un peu plus près les nécessités et les aléas de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation et de sentir sous ses pieds le granit terrestre et le coupant du silex". Citation de Robert Louis Stevenson
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Il me reste encore 8 kilomètres à faire, aujourd'hui. J'ai encore oublié de recharger mon téléphone. Anne et Christine sont un peu devant moi. Elles alternent le portage d'un sac de couchage. Comme moi, elles sont en autonomie partielle (pas de nourriture). N'ayant que 2 ou 3 jours avant de profiter du confort de gîtes, elles ont décidé suite à leur nuit passée au camping L'Estrela, de laisser leur tente pour s'alléger.
En repositionnant mon petit carnet dans le sac, je viens d'activer par deux fois ma bombe Lacrymo.
Je décide de me substanter. Je ne fais pas l'effort de trouver un lieu reculé. J'en profite. Personne devant, personne derrière. Je baisse mon short et en deux secondes, je suis plus légère. Mauvaise viseuse, mon mollet droit est impacté. Culotte à moitié humide, sensation très désagréable. Je continue comme si de rien n'était. Le chemin jusqu'aux Bargettes est facile. Le ciel est gris. Quelques gouttes commencent à tomber. Je protège mon sac. Je reprends. Quelques minutes plus tard, je m'arrête à nouveau pour me vêtir de mon coupe-vent et protéger mon carnet. Je passe dans un tunnel au dessus de la route sur laquelle les voitures roulent au pas. Je regarde les lignes apparaître au passage d'un tracteur ratissant et aérant le sol à la couleur brun chaud. Des vaches tachetées sont toutes couchées. Je range mon coupe-vent. J'ai l'impression d'être au sauna à l'intérieur. J'en profite pour manger de grandes poignées de cacahuètes. J'ai mal sous les pieds. La distance et le poids se font bien sentir. Dans 3,5 kilomètres, j'arriverai. Ces derniers me semblent interminables. J'aide un scarabée à se retourner. Je laisse passer un jeune homme en moto cross. Il ne daignera pas me regarder. Je m'aperçois qu'une petite tique a élu logis, en haut, au centre de mon mollet gauche. Elle sera ma priorité en arrivant. Le vent se lève. La grisaille laisse place au soleil. Le ciel bleu accueillent des nuages qui semblent accessibles.
17h00 - Au loin, je vois le village de Bouchet-Saint-Nicolas, situé à 1228 mètres d'altitude. Je me pose un instant à l'auberge de Couvige entourée notamment de bouchitois (nom des 286 habitants). J'y commande une bière ambrée au doux nom de Modestine, la fidèle compagnonne de Stevenson, sur le chemin. Le vent est assez frais. Peut-être est-ce dû à mon immobilité. J'enfile une veste et je goûte cette bière artisanale locale, non filtrée et non pasteurisée. Des vaches passent en plein carrefour. Pas d'office du tourisme. Je suis sceptique pour la pharmacie. J'interpelle le jeune couple au chien assis non loin de moi et je leur demande s'ils ont un tire-tique en leur possession. Ils acquiescent. Ils l'ont au camping. Ils me le prêteront. Roméo m'appelle. Le responsable de l'auberge me signifie qu'il ferme. Je paie et je file à l'épicerie, en face. J'achète un petit fromage de chèvre et une bière nommée "La Vertueuse", à la châtaigne, de la marque "L'Ardéchoise". C'est une bière artisanale d'Auvergne. Elle est très bonne. Je pose mes affaires et je file voir le couple. Les voici tous les deux à s'évertuer sur ma jambe pour enlever cette tique toute petite. Elle finira par être ôtée à la pince à épiler, sans la tourner. Après un coup de désinfectant, il faudra que je sois attentive ces prochains jours et veiller à ce qu'un cercle n’apparaisse pas, auquel cas je devrais de ce pas prendre des antibiotiques. J'enchaîne sur le montage de la tente; j'en profite pour charger mon téléphone portable et dîner à même le sol. Je m'enquille l'intégralité du petit chèvre. La dame du camping souriante et joviale passe vers chacun d'entre-nous pour récupérer la somme due. Je ne paie que 7 euros et pour ce prix-là, j'ai de l'électricité, la douche chaude et peu d'angoisse. J'oublie de faire tamponner mon carnet d'étapes. Je m'en veux. Je file à la douche. J'y reste un long moment. C'est très agréable. Le camping est très calme et n'accueille quasiment que des marcheurs qui pour la grande majorité dormiront avant 21h00. Ce soir, je prendrai un cachet pour dormir ou plutôt un demi comprimé comme hier. Presque 28 kilomètres prévus demain. Ce sera une grosse journée. Dans un monde parfait, il faudrait que je parte à 7h00 et que je ne m'arrête pas toutes les 30 secondes ou pas une heure à chaque fois !:)
SSS
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DIMANCHE 18 AOÛT 2024 - JOUR 3
LE T
6h30 - Je me réveille à la lueur du jour. Mon réveil sonne dans 50 minutes. Je reste encore un peu à flaquer. Puis, je décide de m'activer. Ma tente est totalement mouillée. Il a bien plu cette nuit. Avec mon Donormyl et mes boules Quies, je n'ai rien entendu. Je plie mes affaires. Je m'aperçois que j'ai oublié ma deuxième tenue (short et T.shirt) à l'appartement. Je vais donc très prochainement sentir la rose.
Je ne déjeune pas si ce n'est un reste de pain de seigle, sur le chemin. Le petit couple au chien vient de partir. Je les suis dans les ruelles, en espérant qu'ils me mènent au début du chemin. J'ai cru comprendre que celui-ci passait peut-être par la sculpture en bois représentant Stevenson.
Je m'arrête. Le couple n'est plus là. Attentive, je perçois un panneau indiquant Lados. C'est parti pour 6,8 kilomètres. Au bord du chemin, de nombreux bleuets. Ça me rappelle ma maison d'enfance. Sur le chemin bien noir, assez large, je foule le sol à bonne allure. De part et d'autre, le paysage se dessine. Au loin, je vois un petit point vert pomme. C'est un marcheur qui a placé sa protection anti-pluie sur son sac à dos. Le ciel est bas, les nuages sont chargés, le vent est frais. J'entends des voix au loin. À 1136 mètres, au Amargiers, je tourne à droite. Il ne reste plus qu'1?,3 kilomètre. C'est aussi le chemin de Régordane (GR700). Je passe devant le pont de la Castier, restauré en 1989. Mon petit point vert marche quelques mètres avant moi. J'entends le vent balayer les feuilles des arbres.
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LE T
Après le lavoir de la Fontanille je me pose au bar restaurant "La Bascule". Je prends mon petit pain au chocolat et un thé noir. Monsieur GOUDET me l'amène. À l'intérieur, des habitués. Deux tables sont prêtes pour accueillir probablement les personnes du gîte. J'apprends qu'Alain DELON vient de s'éteindre. J'échange quelques mots avec mon amoureux. Je profite des toilettes et de ce merveilleux papier toilette. Je m'amuse avec un chaton très joueur. Je discute avec les hommes au bar. L'ambiance est joviale. J'oublie presque de payer avant de me raviser. Je me recharge et je m'en vais. Juste sortie, j'enlève à nouveau mon barda. L'air est frais, je n'ai pas chaud. Je m'habille chaudement en mettant mon sweat. Je passe devant la fontaine et le lavoir de Grabille. Des champs à perte de vue, de luzerne, blé et maïs autour de moi.
SSS
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LE T
Je repense à mes retours en terre aveyronnaise, après chaque périple fait sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. À chaque fois, j'avais envie de fuir, de repartir, de faire du moonwalk - pas que je n'aime pas mes enfants mais une impression de ne pas être à ma place, de revenir de manière imminente en déphasage. La dernière fois, c'est-à-dire l'année dernière, je raccordais Saint Jean Pied de Port - via les Pyrénées - dans l'optique de prendre la voie du Nord sur le Camino espagnol. J'ai ouvert la porte de la maison, sac accroché au dos. Daniel - désormais mon ex-compagnon - ne m'a même pas regardée. Il a continué ses occupations dans la cuisine. Mes filles m'ont sautée au cou. Il a daigné tourner sa tête et poser son regard sur moi et m'a simplement dit : "Bonjour". Aucune question, rien, nada, que tchi.
Une jeune fille passe, casque enfoncé, en moto cross. J'aime beaucoup l'idée de cette adolescente, libre de ses mouvements, connectée à la terre.
Je me demande ce que je suis venue chercher sur le chemin de Stevenson. Pour moi, il n'y a pas de hasard. Le livre de la vie est écrit.
J'arrive à Jagonas - 1041 mètres d'altitude. Le soleil me salue. Une brise s'abat toujours sur mon visage. Les nuages se dissipent.
Besoin de me retrouver, de me trouver ? Réel besoin de me connecter à la terre, d'être moi, me reconnecter à la source, aux éléments.
Je suis heureuse de me sentir en vie, honorée de sentir le soleil me caresser. Au camping "Au delà des nuages", un message gravé sur un grand panneau de bois indique :
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"La détermination ne fait-elle pas partie de la réussite ? Si."
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Le jeune couple au chien me dépasse. Nous prenons rapidement de nos nouvelles.
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"Vous allez bien ?"
"Oui, merci, et vous ?" "Parfait !" répondai-je.
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Les randonneurs arrivent en force. L'ami repasse en sens inverse. Un goût de déjà vu. Des boissons fraîches sont à disposition dans des glacières en échange de deux euros. Je refais mon chignon en marchant et place mon bandeau. Je me sens tout de suite plus sportive. Je passe à Arquejol. Je descends dans le vallon de la Mouleyre. Après la petite montée, je m'assois à même le sol. Je bois - enfin - enlève mon sweat et place mes sandales de marche. Je n'oublie pas de sortir mes cacahuètes. Je vais terminer ce paquet oh combien trop petit.
Je regarde mes messages. Ma mère a écrit. Je n'ai pas vraiment coupé le cordon. Son message est le suivant :
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"Oui je vois t'as raison tu as campée dans la forêt. Tu es en retard pour marcher. Combien tu fais de jour. n'en fais pas trop hier titi a mangé avec nous a midi aussi. bonne marché de mille bisous" (suivi de 3 pouces et de 2 cœurs verts)
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J'aimerais qu'elle arrête de me véhiculer ses peurs et de vouloir me contrôler. J'ai l'impression qu'elle voudrait que je reste dans un bocal rempli de formol, que ma vie soit si plate qu'on pourrait en crever. Je sais qu'exprimer ses peurs est sa manière de me montrer son amour mais je voudrais qu'elle m'encourage à être moi-même et qu'elle soit tout simplement fière de la femme libre qui tente de déployer ses ailes pour vivre.
Je passe sous une ligne sous haute tension. Des vaches sont dans le pré, juste au dessous. J'entends l'électricité qui grésille. Je déteste. Je m'éloigne. À contre-sens, une jolie brunette chante. Nous nous saluons. Quelques instants après, je me surprends à chanter :
Chante la vie chante / Comme si tu devais mourir demain / Comme si plus rien n'avait d'importance / Chante, oui chante
Me voici en train d'écouter sourire aux lèvres, bout d'herbe séchée entre les dents, dansant plus que marchant, cette chanson de Michel Fugain.
Depuis très longtemps, je ne croise plus personne. Le bruit des oiseaux, du vent, de mes pas. Rien de plus - et mes pensées qui divaguent. 1 1237 mètres, à La Fagette, plusieurs groupes assez silencieux, mangent avec une belle vue dégagée. Je continue. Il ne me reste plus que 2,1 kilomètres jusqu'à Pradelles. Je me pose à La Brocante gourmande. Leur slogan : "Fait avec amour, chine avec passion". Le couple qui tient ce lieu est charmant. Je décide de prendre la formule et de me délecter d'une bonne salade de quinoa et de mozzarella. À la table d'à côté, l'Ami est assis en compagnie de la belle blonde et de la jeune femme en chair. À ma gauche, deux hommes d'un certain âge savourent une glace artisanale à l'abricot/Romarin. Le petit point vert pomme est la belle blonde. Chacun repart sans me dire au revoir. C'est un peu triste mais c'est ainsi. L'un des deux hommes commencent à parler avec moi. Il tient les chambres d'hôtes Terre d'accueil sur la même place.
Je me suis arrêtée à de nombreuses reprises à Pradelles lorsque je revenais de Suisse quand j'y vivais. J'y buvais parfois un café. Mon ex beau-frère - l'ancien compagnon de ma sœur - y a une maison de village, mais je ne sais pas vraiment où elle se situe.
L'homme du gite revient. Il me propose son beau tampon. C'est un âne qui rit à gorge déployée, un peu comme "La vache qui rit". C'est parfait ! Je ne le déplacerai pas vers l'office du tourisme. En plein soleil, j'apprécie sa présence lumineuse et chaleureuse. Je m'enfile une glace à la châtaigne avec des petits morceaux. Je termine par un thé au citron. Devant moi, un couple d'une trentaine d'années. Ils remontent sur leur vélo affublé de sacoches. Petites pensées pour mon amoureux, féru de vélo. Peut-être un jour serons-nous à leur place... En attendant, il est temps de repartir. Je passe devant la Fontaine du Melon qui doit son nom au "melon de pierre" qui la surplombe. Pendant des siècles, ce fut le seul point d'eau à la disposition de la population, à l'intérieur de l'enceinte de la ville fortifiée, aujourd'hui considérée comme l'un des plus beaux villages de France. Je passe par le très beau portail de la Verdette et le lavoir pour aller découvrir l'église paroissiale Notre Dame de Pradelles.
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"Bénie sois-tu Reine des Monts, O vierge de Pradelles, Avec amour nous t'acclamons, nous restons fidèles".
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J'entre au sein de l'église. J'y retrouve le premier couple rencontré. Je les salue et me replace sur le chemin. Je passe devant la maison où naquit Jean Baudoin (1594-1650) qui fut un académicien français nommé par le Cardinal de Richelieu.
Ce village qui semble laid et insignifiant quand on le traverse en voiture est vraiment très beau et empli d'histoire. Je passe sous le portail de Besset - porte sud de la cité de Pradelles. Au bas de la rue basse, j'arrive sur le lieu où fut découverte en 1512, la statue de la vierge miraculeuse de Notre-Dame de Pradelles. Robert-Louis Stevenson a écrit, en 1878 "qu'elle faisait bien des miracles quoiqu'elle fut en bois". Je ne pourrai pas visiter notre Chapelle de Notre-Dame car des grilles laissent la percevoir mais elle n'est pas accessible qu'entre 16h00 et 18h00 lorsque les bénévoles de l'AFANDP (Association des Fidèles et Amis de Notre-Dame de Pradelles) sont présents.
Je passe devant la maison de retraite. Un homme d'une cinquantaine d'année est assis avec deux grand-mères sur un banc, à l'entrée du lieu. Il me salue. Je fais de même. L'une des deux personnes âgées dit à son fils :
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"Elle n'a même pas dit bonjour !"
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Je m'arrête et bien fort je les resalue. Une conversation s'enclenche. Lorsque je m'en vais à nouveau, la vieille dame dit :
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"Il y en a quand même qui sont gentils".
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J'ai le sourire. Je continue.
À l'espace de jeux, quatre personnes jouent à la pétanque avec une vue magnifique en arrière-plan.
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DES "MILLIERS DE DIAMANTS" S'AMONCELLENT ET UNE MYSTÉRIEUSE CAPSULE EN CÉRAMIQUE
L'arrivée à Langogne se constitue d'une longue descente facile, sur un sol sablonneux où des éclats de Quartz laissent à penser que des milliers de diamants s'y amoncèlent. Aucun randonneur rencontré de Pradelles à Langogne. Seulement une grand-mère se promenant avec sa petite fille de 10 ans environ. Accompagnées d'un très gros chien blanc, elles ramassent les plus beaux cailloux. La fillette me dit que sa mamie en a les poches remplies mais pas elle. Elle a tout compris !:)
Au sol, je vois une capsule en céramique. Elle semble y être bien incrustée. Il y est marqué : "A. Julien. Orléans". Cela m'intrigue. Qu'est-ce ? Un hommage ? Une personne qui marque son passage par la mise en terre de ses capsules ? Je fais de multiples suppositions en continuant mon chemin.
Une mystérieuse capsule est incrustée dans le sol. Mais qu'est-ce vraiment ? Pourquoi se trouve t'elle ici ?
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SURPRISE EN PLEINE "PAUSE NATURE"
Avant d'arriver sur la dernière partie de la pente, je m'arrête pour m'alléger. Pour ne pas salir mon bas, je prends la serviette en papier récupérée à cette occasion à La Brocante Gourmande. Pour éviter les tiques, je m'éloigne des herbes. Tout est réfléchi. Je fais ce que j'ai à faire. Au même moment, une voiture descend une route non loin. Je stoppe net, je remonte précipitamment mon pantalon. Résultat : mon bas est bien mouillé et mes chaussures tachetées. Opération technique à améliorer. C'est tout un art. Impression de comprendre les bébés à la couche mouillée. Comme si de rien n'était, je repars. Ce n'est pas comme si c'était la première fois ! La fin de la descente se fait par une route goudronnée. Ce n'est pas très stimulant.
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ON M'INDIQUE LE CHEMIN "ZIZI À L'AIR"
Je pénètre dans Langogne. Je passe devant la chapelle du couvent, la chapelle des pénitents et la Tour du seigneur. Je suis le panneau Centre historique. Au passage, je demande à deux hommes où se trouvent l'office du tourisme pour faire tamponner ma carte d'étapes. Le premier me dit que le deuxième - qui a habité naguère au cœur de la ville - sera plus susceptible à me répondre. Ce dernier vient d'entrer dans une habitation. Je m'approche pour lui poser la question. Je comprends que ce sont les toilettes publiques. Il est à l'urinoir. Je me décale. Il continue à me parler probablement le zizi à l'air. Il ne sait pas où est situé l'office du tourisme.
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ON
Je demande alors si le centre historique est bien un peu plus bas. l'homme me dit que ce n'est absolument pas le cas et que je dois remonter vers la chapelle du couvent et tourner à gauche. C'est le chemin du GR. Je repars donc dans ce sens. Je suis la signalétique rouge et blanche qui symbolise les chemins de grandes randonnées. Je m'aperçois en haut de la rue, que je quitte complètement Langogne. Je n'ai quasiment plus rien à manger si ce n'est une pomme prise chez les sœurs et un morceau de pain donné avec ma salade de quinoa. J'oublie sur le moment qu'il me reste mon saucisson. J'hésite à m'aventurer beaucoup plus loin et de ce fait m'éloigner encore plus de la ville. Je veux manger ce soir. Je regarde pour la première fois l'application Mappy. Celle-ci m'indique un camping au pont de Braye, rue du Pont Vieux, à Langogne. À seulement 400 mètres. Je redescends donc la rue. Je n'avais pas vu ce camping en pianotant sur internet lors de mon repas à 14h00. Pas convaincue, mais je vais tenter. Je descends assez mollement.
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ON
Un groupe de jeunes fêtards m'interpellent. Ils me demandent ce que je fais avec mon gros sac à dos. Je leur explique que je me dirige vers ce fameux camping. Ils sont sceptiques. Pour eux, il n'existe pas. Ils me proposent de m'emmener en voiture. Je refuse en tant qu'extrémiste. Je ne prendrai aucun véhicule le temps de mon chemin. Ils sont très sympas et rigolards. Les deux nénettes sont très "chous". Félicia à 29 ans. Elle est typée, fine et très belle. La blonde à la coupe au carré s'appelle Élodie. Ils la surnomment Milou. Elle à 40 ans. Elles charrient l'un de leur pote nommé Mika. J'apprendrai par la suite qu'il s'appelle en réalité Mickaël. Quand je vois qu'il me "dragouille" - sa bière à la main - je dis clairement qu'il ne se passera rien car j'ai quelqu'un dans ma vie. Il me dit qu'il n'est pas dans son état normal. Je crois comprendre qu'il est sous cocaïne et probablement aussi sous alcool. Les filles sentent le cannabis. Ils me proposent d'aller faire une pétanque avec eux et de partir voir un concert juste après. C'est sympa mais je suis explosée. Je viens de me faire 30 kilomètres et je me suis levée à 6h35. J'ai plutôt envie de manger et de trouver mon camping. Ils me proposent de dormir chez eux. Je ne suis pas à 100% rassurée. Je ne voudrais pas passer à la casserole cette nuit. Félicia tente de me rassurer. Elle est à l'étage juste au dessous si j'ai le moindre problème. Je finis par accepter en me disant que je suis complètement Fada. Mika me montre les différents étages. Au deuxième, c'est celui des enfants. Mika à une adolescente de 16 ans. Elle a invité une copine, alors couchée quand il me fait la visite des lieux. Cette amie me dit en rigolant qu'elles ne sont pas lesbiennes. Je leur réponds que ça ne m'a même pas effleuré l'esprit. Je leur dis que j'ai moi-même une fille âgée de 17 ans. La visite se poursuit jusqu'au dernier étage. On dirait une maison de grand-mère restée dans son jus. Un certain désordre y règne. Aucune rénovation n'a été faite depuis fort longtemps, pourtant la bâtisse n'est pas vilaine en soit. Le dernier étage sera le mien. La chambre proposée semble ne pas avoir été utilisée depuis fort longtemps. Du plâtre tombé des murs est écrasé sur le vieux sol en bois. Des toiles d'araignées entourent la fenêtre. Il n'y a pas d'électricité. Le bouton poussoir date de Mathusalem, bien loin d'être conforme aux nouvelles normes. Le matelas me semble être en aussi bon état que celui des sœurs. Je ne peux m'empêcher de penser que je suis tarée. Je laisse mon sac à dos dans la chambre et je redescends avec Mika. Ils sont au salon, deux étages au dessous. Ils sont partir à la pétanque. La porte d'entrée est toujours ouverte. Nous descendons touts ensemble. Félicia me montre puis m'explique pour les derniers mètres où se situe la seule boulangerie ouverte un dimanche jusqu'à 19h00. Je la trouve facilement. Malheureusement, elle est fermée. Étant déjà passée par là, je décide donc d'aller boire ma bière vers l'église, au bar Saint-François. En arrivant sur la place, une vision venue du ciel m'interpelle. Deux jeunes mangent des kébabs géants avec des frites. Cette magnifique manifestation divine, me pousse à les interpeller pour savoir où je peux acheter ces mets succulents. Juste à côté. J'entre dans le snack. Un jeune homme très sympathique m'accueille. Je lui demande ce que les jeunes ont pris : "un standard". Je dis que je souhaite absolument les copier. Ça le fait sourire. Me voici quelques minutes plus tard, attablée en terrasse, à manger comme un goret. Le beau Roméo m'appelle. Je continue à manger en toute discrétion. J'ai froid. Je finis par rentrer à l'intérieur, le téléphone harponné entre ma tête et mon épaule portant avec les deux autres mains, mes mets et la carafe d'eau accompagnée de son verre. Ma conversation finie et mon kébab-frites aussi, je paie. Un autre jeune de 22 ans, me raconte l'histoire du lieu. En 2001, son papa avait acheté ce snack. En 2013 (2012 ?), il mourrait. Il avait fait une promesse à son père. Un jour, il reprendrait le lieu et poursuivrait l’œuvre de son père. Des opportunités dans la restauration étoilée se sont présentées à lui mais il a décidé de revenir dans sa ville natale pour honorer sa promesse. L'accueil a été fort sympathique. Je le leur signifie, puis je m'en vais en grelotant, rejoindre la maison. Devant la porte, je fais une photo du bâtiment et de la porte d'entrée au cas où je me fasse découper en rondelles. Je les envoie à mon bellâtre.
Dans ma chambre, au numéro 25, je ne suis pas vraiment rassurée
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UN MOMENT COMPLÈTEMENT SURRÉALISTE, AVEC PROPOSITION DE DROGUE "DURE"
J'entends des personnes parler à l'intérieur. Je suppose qu'ils sont revenus. Ils sont au salon. Mika et le "mari" de Félicia jouent à Mario Kart sur le poste de télévision avec les enfants de Félicia. Cette dernière, toujours aussi jolie s'est changée pour la soirée. Milou est aussi présente. Les filles tentent de speeder les garçons. Le concert va imminemment commencer. On me repropose si je souhaite venir. La partie finie, Mika me montre le fonctionnement de la machine à café. Je lui signifie que je n'en bois plus. Il part alors à la recherche des thés. Au fin fond du placard, il sort de l'étagère la plus haute, trois assiettes et dit à Félicia qu'il a trouvé celles-ci. Je vois un peu de poudre blanche sur le bord de la plus visible. Je fais le parallèle avec ce que j'avais cru comprendre précédemment : c'est de la cocaïne. Les deux acolytes se parlent en code pour que les enfants au salon ne comprennent pas. Félicia ouvre la porte du placard et se cache derrière. Elle prend l'assiette posée près du four micro-ondes et snife la poudre. Elle me demande si j'en veux. Je réponds par la négative en précisant que je ne fume même pas. Elle me dit alors :
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"Je sais que ce n'est pas bien".
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J'essaie de relativiser pour ne pas la culpabiliser.
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"Ce n'est ni mal, ni bien. Chacun fait ce qu'il veut."
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Je fais la fille "cool" mais je ne suis pas très à l'aise. Ils se pressent tous pour y aller. Je vois Félicia assez speed mais toujours aussi souriante. Elle me dit que si on ne se revoit pas, elle est ravie de m'avoir rencontrée. C'est une jeune femme solaire. Je me demande ce qui a pu lui arriver, quelle est son histoire de vie, ce qui l'a poussée à consommer cette drogue "dure". Ils descendent et me font tous les deux la bise. Ils remontent. Mika me prend dans ses bras et me soulève avec une facilité déconcertante. Je ne bouge pas - une vraie poupée de cire. Il me fait la bise, une bise plus appuyée. Il me dit qu'il est tactile. Je n'entre pas dans le jeu et fait la naïve. Je leur souhaite une bonne soirée. Je leur dis qu'ils peuvent ramener les enfants plus tôt s'ils le souhaitent. Je dormirai mais si les gosses ont le moindre soucis, je serais là. Félicia dit en rigolant :
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"Fais remonter les gosses !:)"
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Ils finissent tous par partir. Me voici dans la maison seule en autonomie. Mika s'occupaient de chambres d’hôtes. Il accueillait des personnes. Il apprécie recevoir et aider. Il aime quand sa maison est remplie d'invités. Ils reviennent vers 23h00. Félicia couche les enfants. J'informe ces derniers que je suis tout en haut, au dernier étage. S'ils ont besoin de quoique ce soit, je suis là.
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JE DANSE DU ROCK DANS UN BAR TOTALEMENT ENFUMÉE, AU BORD DU LAC DE NAUSSAC
Peu de temps après, ils insistent. Me voici à l'arrière de la Clio 3. C'est la miss qui conduit. Ma ceinture est plus que mise. Direction le bar "L'Oasis" au bord du lac de Naussac. Ils ont vu la première partie. Il en reste encore deux autres. Arrivés, le concert vient de finir. Il reste peu de personnes - des habitués. La population présente est très BABA Cool, assez alcoolisée et/ou défoncée. Ils se connaissent tous. Il y a très peu de femmes présentes. Hormis Félicia, Milou et moi, il ne reste que la propriétaire et une autre. Tout le monde fume à l'intérieur. J'ai les yeux qui se ferment de plus en plus. Ils me brûlent. Je tousse beaucoup. La fumée m'attaque la gorge. Je discute avec tout le monde. L'essentiel des hommes sont soit serveurs, soit dans la restauration ou dans la pâtisserie. Malgré ma réticence à danser - je suis une vraie planche de bois -Mika arrive à me fait même danser deux rocks. Heureusement qu'il fait tout. Je me laisse guider. Félicia m'offre mon verre de vin blanc.
1h00 - Mika décide de conduire la voiture de Romain - présent lorsque je cherchais mon camping - en compagnie de Félicia à l'arrière avec moi. Ils me ramènent puis partent faire une after.
1h30 - Je monte me coucher en espérant arriver à dormir. Je mettrai mon réveil pour 8h30.
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LUNDI 19 AOÛT 2024 - JOUR 4
LE T
Quand ils sont arrivés cette nuit, ils ont fait un boucan d'enfer. J'avais fini par prendre un demi comprimé de Donormyl. Je me voyais passer une nuit blanche aux aguets. J'avais l'impression qu'ils étaient en train de péter la table en bois. Mon ouïe était en alerte. Je pensais aux enfants qui dormaient. Peur qu'ils montent notamment Mika. J'avais poussé les portes pour qu'elles grincent et me réveillent.
Le vent est glacial. On se croirait en octobre. Je commence à marcher. L'avantage est que je suis vraiment sur le chemin - aucun détour. À un arbre, un ballon argenté de fête foraine git dégonflé.
Je repense à Félicia. J'avais écrit qu'elle était solaire. Elle peut l'être mais elle a aussi toute une part d'ombre. Certains l'appellent la sorcière. Elle peut avoir un côté très "pestouille". Elle s'exprime très bien. Elle est captivante, magnétique. Elle peut me semble t-il soulever des troupes, être une leader, une influenceuse.
Sur la route, deux hommes que je ne connais pas me doublent. Peut être font-ils un autre GR. Une femme avec un coupe-vent jaune fluo passe à contre-sens. Après une partie goudronnée, je commence un chemin sablonneux légèrement en pente. Un homme vêtu de bleu court à vive allure avec son chien, une femme emboîte le pas quelques mètres après, un Vététiste concentré dévale la pente.
Je repense à Félicia. Elle a connu beaucoup d'hommes dans sa vie et malgré son jeune âge elle semble maîtriser le sujet. Elle n'est pas très positive quant à mon histoire avec Roméo. Elle me déprime un peu. J'ai envie d'y croire. Elle me dit très justement que je n'ai besoin de personne, que je n'ai pas besoin de chercher l'amour à travers une autre personne, que tout est en moi. Elle estime aussi que tous les hommes sont câblés de façon identique. Un être masculin qui va mal dans son couple depuis plus d'un an, en relation amoureuse avec sa partenaire depuis 13 ans sera très probablement sincère amoureusement mais une fois la bulle d'oxygène amenée, s'en ira. Le futur lui donnera raison.
Roméo me téléphone, ce matin. Il regarde des appartements pour vivre seule avec son fils de 7 ans. Il a très mal dormi et à 4h00 du matin, il a pris un Donormyl. Quel copieur ! Peut-être l'effet de la pleine lune bleue de cette nuit.
10h20 - Je passe par le village de Saint-Flour-de-Mercoire, situé à 1049m. Le temps est toujours gris et l'air très frais. Sur la droite, une petite salle de spectacle au théâtre de l'Arentelle. Je rentre et je visite. J'aurais bien bu un petit thé. Il me tarde vraiment de pouvoir me poser au chaud et de déjeuner autre chose que mon morceau de pain à moitié sec ingurgité sur la route, ce matin.
Je passe encore sous une ligne à haute tension. Elle grésille, comme d'habitude. Je déteste toujours autant.
La vie et ses impératifs administratifs se rappellent à mon bon souvenir : le canapé de ma fille et les éternelles problématiques de la vendeuse, mon père qui me relance pour rentrer le code pour l'immatriculation de la voiture, etc.
La jeune femme un peu grassouillette me rattrape. Elle a bien marché depuis Pradelles. Elle se nomme Babeth. C'est un diminutif d’Élisabeth, mais personne ne l'appelle ainsi. Elle est charmante. C'est son premier GR. Elle a décidé de le faire il n'y a que deux semaines. Elle est accessoiriste plateau pour le cinéma. Elle vient aussi de se séparer et vient de retrouver l'amour. Comme tous les hébergements sont complets, elle doit faire 36 kilomètres aujourd'hui - c'est énorme !
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UNE NATURE "ENCHANTERESSE"
Une coquille d’œuf vide se trouve quasiment entièrement au sol à l'orée du bois. Celui-ci est enchanteresse, empli de mousse. Des tables en bois sont installés. Non loin, un écriteau explique la vie de Stevenson et fait un focus particulier sur les sapins de ce bois. Des petites pousses de ci de là tentent leur chance aux pieds des arbres.
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Le soleil commence à se faire une place. J'arrive à Sagnerousse. Une femme, quelques maisons et quatre tracteurs plus loin, je continue. Fouzilhic, deux bâtisses de chaque côté du chemin.
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UN CHAMP MAGNÉTIQUE TERRESTRE PERTURBÉ
Le mardi 24 septembre 1878, Stevenson marchait en ces lieux. Il y erra longtemps. Un panneau nous en explique la raison. Il aurait erré dans cette zone à champ magnétique perturbé.
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"Le champ magnétique terrestre constitue une couche non uniforme de 70cm environ d'épaisseur qui ondule au dessus du sol. Cette couche est perturbée par la présence de failles et de ruissellements en sous-sol. Tantôt cette électricité devient puissante, tantôt elle s'effondre, au point de perturber le propre champ magnétique qui enveloppe le corps de tout être vivant. Et ici, la perméabilité entre l'homme et la nature a été accentuée par le calme et le brouillard, par la tombée de la nuit, par la proximité de l'équinoxe, et par les pieds trempés de Stevenson qui avait beaucoup pataugé".
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Le panneau nous rassure en nous disant que nous traversons ces lieux sans encombre, mais tient à souligner que c'est sur cette portion d'itinéraire que Stevenson a le plus souffert.
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Je prends plaisir à regarder et admirer la nature. Je vois cette araignée, inoffensive pour l'être humain et très craintive, très commune en France. C'est une argiope frelon (Argiope bruennichi). Elle n'en reste pas moins impressionnante.
Une magnifique argiope frelon
Il ne fait pas toujours très chaud et le vent souffle. Seule, je suis bien, tout simplement.
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UNE BIÈRE ARTISANALE SI ATTENDUE AU REFUGE DE MOURE MAIS QUI DEVRA ATTENDRE
13h00 - Je m'arrête pour boire un peu. Je n'ai rien ingurgité depuis hier soir. J'ai approximativement marché 15 kilomètres. J'en profite pour me faire quelques rondelles de saucisson. Je garde ma pomme de secours. Enfin arrivée à Cheyland l'Evêque, il me tarde de boire la bière artisanale promise il y a fort longtemps sur un petit écriteau. Je passe devant la mairie. Je leur demande s'ils ont un tampon avec Stevenson. Absolument pas, juste un tampon insignifiant, sans aucun intérêt. Je lui demande où boire cette merveilleuse boisson. C'est au refuge de Moure, juste à côté, mais il n'ouvre pas avant 30 minutes. Je n'attendrai pas. Je recharge ma bouteille à la fontaine, enfile mes sandales et m'en vais, déçue. J'en bavais déjà... Je veux ma bière ! Il faudra attendre 11,5 kilomètres de plus. La vie est trop dure. Caliméro se remet en marche.
Je croise François qui attend le groupe. Ils dormiront au seul gîte du village Le Refuge de Moure. Christine y sera aussi pour la nuit. Anne a repris le train, hier. Christine (62 ans) a marché tout ce matin avec un jeune architecte de 33 ans. Corrézien, il vit et travaille à Lyon. Il cherche actuellement un cabinet d'architecture en vue de passer une habilitation. Il a de nombreux projets professionnels. Il est parti avant-hier du Puy. Il fait en moyenne 35 kilomètres par jour. Il marche dorénavant avec moi. Pauvre homme ! Il n'est pas près d'arriver à mes côtés.
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JE PRESSE LE PAS DANS LES FORÊTS DOMINICALES, EN COMPAGNIE DE MARTIN
Nous passons par la forêt dominical de la Gardille, puis du Mercoire - Canton de l'Auradou. Grâce à Martin, je presse un peu le pas et je ne m'arrête pas toutes les trente secondes manger des framboises.
16h10 - Nous nous engageons sur l'un des chemins les plus anciens. Il reliait Luc à Châteauneuf-de-Randon au Moyen-Âge. C'est aussi le trait d'union entre deux massifs : Mercoire et Montagne Ardéchoise.
Les paysages changent, le temps aussi. Je me ressource en pleine nature.
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PASSAGE AU LAC DE LOURADOU, SÉRÉNITÉ ET ZÉNITUDE AU PROGRAMME
Nous nous arrêtons au lac de Louradou. On se serait bien baignés mais l'eau est orange et malgré un lieu serein, le vent et la couleur de l'eau, nous pousseront à nous poser sur un banc. Martin en profite pour fumer une deuxième cigarette roulée.
Sur le chemin, ma cheville gauche a lâché. Probablement la fatigue. Heureusement, elle s'est remise comme si de rien n'était. Une longue - très longue - trop longue descente dans les éboulis commencent.
Accompagnée de Martin, je passe au Lac de Louradou. Tout est si calme, si serein.
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Nous arrivons au Château de Luc (de Lucus qui signifie "bois sacré" en langue celte). Il veillait sur le chemin de la Régordane ou Chemin de Saint-Gilles. Il se trouvait stratégiquement placé entre Gévaudan et Vivaras. Je propose à Martin s'il souhaite que nous le visitions. Il me répond que - sans me vexer - il préfèrerait être confortablement installé à la terrasse d'un café. Je le comprends tout à fait et je le suis pour les derniers mètres de descente. Je l'interroge. Avais-je réellement envie de découvrir ce château ou n'est-ce pas plutôt un besoin de tout voir, de ne rien manquer ?
Le château de Luc situé sur la voie Régordane où Robert Louis Stevenson fit halte au XIXe siècle
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APÉRO AVEC CASSANDRA ET MARTIN SUR LE SOL DU CAMPING, À BOIRE DU GIN ET GRIGNOTER DES "BÊTISES", DANS UNE AMBIANCE DÉTENDUE ET JOVIALE, PAR VENT GLACIAL
Martin et moi entrons au village, nous nous dirigeons vers la départementale et nous arrêtons à l'épicerie. Nous nous achetons une bière chacun. Il n'y a pas énormément le choix. Je prendrai une Goudale. J'achète aussi un paquet de cacahuètes - indispensable - des tomates cerise, des carottes râpées industrielles baignant dans leur sauce, des Springles aux oignons et un Snickers.
Par chance, le camping est juste en dessous. La ligne de train passe à côté. Beaucoup de tentes sont déjà installées. Il fait froid, le vent est glacial. Nous décidons de nous positionner à un emplacement où le soleil sera présent un petit moment encore. Je sors ma tente précédemment rangée totalement mouillée, il y a de cela deux jours. Le vent rend la mise en place quelque peu difficile - surtout pour un couple non loin.
Tentes installées, nous sortons les bières, les posons au sol et commençons à faire l'apéro. Juste en face de nous, une tente vert pomme. Nous découvrons que c'est miss petit point vert aussi nommée par mes soins "La belle blonde". Elle est contente de nous voir. De toute la journée, elle n'a croisé personne. Elle pensait pourtant qu'avec les 18 kilos qu'elle porte sur le dos, parfois péniblement - et je la comprends - qu'un randonneur la dépasserait. Nous lui proposons de se joindre à nous. Elle accepte. Elle culpabilise un peu parce qu'à part des flocons d'avoine, elle n'a pas grand chose à partager. Elle repense à la fiole en métal que son chéri lui a laissée et nous invite à goûter le gin fait maison par son homme. Martin me prête l'un de ses deux verres. Je n'en n'ai pas. Tout comme je n'ai pas de fourchette, de cuillère ou d'assiette. Pour résumer, je n'ai qu'un couteau. Je n'ai pas le palais très développé en gin mais il est assez bon, très "herbeux". Il me réchauffe très rapidement le gosier. Je mets mon sweat. Le soleil est parti. Le vent est toujours glacial. Je remets aussi mes chaussettes. Nous voici tous les trois à faire l'apéro, découvrant nos vies dans une atmosphère détendue et joviale.
20h20 - J'ai l'impression qu'il est minuit. Les journées sont longues. Entre la bière, le gin et le vin rouge de Martin, j'ai assez bu. Peut être un peu trop. Avec mes merveilleuse cacahuètes et les Springles, mon repas hautement équilibré m'a satisfaite et rassasiée. Je garde donc mes carottes râpées et mes tomates cerises pour demain midi.
La belle blonde se nomme Cassandra. Elle a 32 ans. Elle travaille dans une chapellerie à Lyon (?) et elle a suivi des études en arts appliqués comme moi. Elle m'apprend que lors de notre première nuit au camping, elle avait très envie de venir me parler mais qu'elle était tellement fatiguée qu'elle n'arrivait même plus à bouger. Elle arrête son périple demain matin. Elle reprend le train à Luc. Elle devait initialement venir avec une copine et le chien de cette dernière. Le format court devait permettre à son amie de jauger si ce périple était dans ses capacités. Plantée, elle a tout de même décidé de faire le chemin seule.
Après l'apéro, Roméo me téléphone. Il emménage dans un appartement. Il est beaucoup plus réactif que je n'ai pu l'être. Pour ma part, j'ai vécu plus de sept mois en cohabitation quelque peu tendue. Je suis contente pour lui. Nous devons caler sa venue sur le chemin.
Je file péniblement prendre ma douche. Je sais que si je n'y vais pas maintenant, je ne la prendrais probablement pas demain matin. Une fois à l'intérieur, le jet brûlant parcourt mon corps très longtemps. Je n'ai plus envie d'en sortir. Il faut pourtant s'y résigner. J'entre dans ma tente.
21h30 - Le temps avance vite. Je décide de dormir, sans cachet, aujourd'hui.
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DE LUC A MIRANDOL
LUNDI 20 AOÛT 2024 - JOUR 5
LA FATIGUE SE CHEVILLE À MON CORPS ET MON VISAGE ACQUIESCE
Pendant la nuit, je n'ai pas froid.
4h00 - Je me réveille approximativement à cette heure. J'ai beaucoup de mal à me rendormir.
6h30 - Je décide naturellement de me lever. Je vais aux toilettes et je charge mon téléphone qui n'est qu'à 30%. Je repars m’emmitoufler dans le sac de couchage. Quinze minutes plus tard, j'entends une sonnerie de réveil lointaine. Un randonneur a la même sonnerie que moi. Je comprends après quelques longues secondes que c'est mon portable qui sonne. Crotte ! Me voici pieds nus - trop la flemme de mettre mes chaussures (et de les trouver) - en direction des sanitaires, pour éteindre mon portable et me vautrer à nouveau au fin fond de mon duvet. Je suis fatiguée. Je sens cette fatigue peser sur mon corps et mon visage acquiesce et confirme celle-ci.
Je commence à avoir faim. En même temps, si je commence à manger les tomates cerises, je n'aurais peut-être plus assez à midi. Je trouve que je gère plutôt mal la nourriture depuis le début.
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AVANT L’ÉPICERIE, MARTIN ET MOI NOUS QUITTONS
Les randonneurs commencent tous à se réveiller mais aucun acharné. Les tentes semblent toujours présentes. Après les 27,5 kilomètres d'hier, je prends le guide pour définir mon objectif du jour. Si je souhaite atteindre un camping. La prochaine destination est Mirandol à tout de même 28,4 kilomètres. Je m'arrêterai boire mon thé à Notre-Dame-des-Neiges - 11,6 kilomètres, soit vers midi. En tant que mauvaise élève, je plie ma tente et Martin fait de même.
Il m'accompagne à l'épicerie. Je m'achète deux pommes, un pain au chocolat sous cellophane et me coule un thé noir au citron. Nous discutons un moment. La municipalité n'encourage pas le chemin. Si celui-ci pouvait passer ailleurs, ça les arrangeraient presque. En tant "qu'étrangère" au village, les habitants ne viennent même pas chez elle. Du coup, elle travaille 7 jours sur 7, de mars à octobre.
Martin me quitte juste avant que j'entre dans l'épicerie. Nous nous saluons. Je lui souhaite le meilleur, que ses projets se réalisent.
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UN BON QUOTA D'ALIMENTS RICHE EN SUCRE POUR LE PETIT DEJEUNER
J'ai un peu de mal à trouver le chemin. Un homme me dit de passer devant l'église puis le cimetière direction Laveyrune. Un boulanger itinérant s'arrête au milieu du village. Je m'éloigne peu à peu de l'imposante statue de la vierge surplombant le château de Luc. Le soleil est apparu. Je longe la départementale par un chemin sécurisé. Je passe par Pranlac. À peine le pain au chocolat ingurgité, me voici en train de dévorer mon Snickers. Je pense que côté sucre et calories, je suis au top !:)
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CE MATIN, J'AI TENDANCE À NE PAS TROUVER LE CHEMIN
S'en suit le village de Laveyrune, séparé par le pont de Pralac. Sur la route, la mairie est ouverte. J'entre. Je n'arrive pas à trouver de tampon pour mon carnet d'étapes ces derniers temps. J'entends l'aspirateur. Je passe la tête dans la salle principale. Une femme menue d'un certain âge s'attèle au ménage. Personne à l'accueil. Je repars sur la pointe des pieds. Dans la côte devant me mener au sommet d'Epervelouze, un chien ressemblant à celui de "Belle et Sébastien" me suit. D'abord à distance, puis de plus en plus prêt. Quand il me suit à gauche, je pars à droite et inversement. Comme on ne sait jamais trop à quoi s'attendre en rencontrant un chien, j'ai récupéré une branche fine mais longue dont les feuilles séchées sont encore présentes et dans ma main gauche, une pierre qui gisait au centre de la route. Finalement, il ne m'a pas l'air dangereux mais je ne voudrais pas qu'il me suive sur une trop longue distance. Il part à droite, s'enfile dans un champ de maïs. Je ne le reverrai plus. Je m'assois un instant sur un banc. Face à moi, des rouleaux de foins enrubannés de plastique et du purin protégé par une bâche soutenue par des pneus. Je reste un petit moment et naturellement à cet embranchement, je pars à gauche - comme une évidence. Peut être est-ce que parce que la côte me laissait imaginer que j'étais dans le juste. Après seulement 100 mètres de côtes, un sexagénaire en VTT m'aborde et me dit que je me suis trompée. Je suis assez sure de moi, même si effectivement j'ai tendance ce matin à peiner un peu et à ne pas regarder systématiquement les traits horizontaux peints en blanc et rouge.
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UN SEPTAGÉNAIRE DRAGUEUR QUI CHERCHE UNE AMANTE
Il me propose de m'accompagner un peu. En fait, Rolland - âgé de 70 ans - aime plaire et "dragouille" la jeunette que je suis du haut de mes 47 ans. Il est assez flatteur et me fait une série de compliments. Comme souvent sur le chemin, en marchant à mes côtés une bonne vingtaine de minutes, il se confie sur sa vie et aborde sa relation avec sa femme. Ils se sont rencontrée à la vingtaine. Sa vie lui semble plutôt morne. Pour égayer un peu celle-ci, il cherche une amante. Je ne serai pas celle-ci. Il ne semble pas avoir de réel succès avec les femmes abordées et dit tristement qu'elles sont "trop droites". Alors, pour "se dépanner", il part parfois voir des femmes de joie. Selon lui, tous les hommes le font. Ça m'attriste. J'ai vraiment envie de ne pas le croire. Il part à droite et je continue tout droit.
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UN SE
Nouveau panneau et questionnement à nouveau. Rogleton par l'Adrey ou Rogleton par l'Avers. Je n'en n'ai aucune idée et le guide ne m'aide guère. Je choisis la voie qui descend. J'hésite même à aller à l'opposé vers Serres. Je passe par un petit pont en bois au dessus d'un fin cours d'eau aux sonorités apaisantes. Je passe par une petite route dans les bois. Je croise un trailer qui se traine un peu. Encore un embranchement où j'hésite et qui me cause un peu de réflexion. Je tourne à gauche en direction d'un chemin de pierres qui monte vers Notre-Dame-des-Neiges. La bastide n'est plus qu'à 3,8 kilomètres. Ça ne fait que monter. Je repasse sous une ligne de haute tension. Ce sera le début d'une très longue côte cadencée par des pylônes électriques.
Tout en haut, je retrouve trois jeunes hommes présents au camping. La vingtaine bien tassée, ils se prénomment Maxence, Julien et Alexandre. Filiforme, leur allure est plutôt sportive. Ils comptent s'arrêter à la Bastide-Puylaurent. Selon le guide, ce n'est qu'à 15,9 kilomètres.
Mon guide ne m'a été que peu utile aujourd'hui. J'ai la réelle impression d'avoir valdingué de ci de là et d'avoir ingurgité du kilomètre qui n'aurait pas dû exister. Enfin... je finis par prendre un chemin m'indiquant que je sors du GR et qui m'oriente vers l'abbaye que je souhaite découvrir. Je tiens vraiment à la voir. Me voici redescendre la moitié de la côte par un autre chemin. Je ne peux m'empêcher de râler intérieurement.
Quand j'arrive, j'entre dans l'église abbatiale, libre d'accès. La cérémonie se termine. Les sœurs partent en silence. Les quelques personnes présentes dans l'assemblée se prosternent puis évacuent le lieu. Je reste.
En sortant, je suis un plan indiquant l'accueil des marcheurs. Je discute avec deux enfants de 6 ans environ. Notre sujet est lié à la voiture d'un vieux monsieur qui semble avoir un problème mécanique. Ils l'observent et comme de petits vieux commentent la situation. Ils me posent des questions notamment sur ce que je fais et où je vais. On parle un peu. En rigolant, je leur dis :
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"Vous devez me trouver un peu bizarre !"
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L'un des deux - sur un ton très sérieux - me répond catégoriquement :
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"Pas du tout !"
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Je suis soulagée et amusée.
Quelques mètres plus loin, je vois l'Ancien. Il est en train de "croquer" le paysage sur un carnet que ses compatriotes de marche lui ont offert. Moi qui pensais ne jamais les revoir, je me suis trompée. C'est François qui l'a amené. Dans 2h30 environ, le reste du groupe arrive. J'ai à peine fait 12 kilomètres depuis ce matin.
14h30 - Je n'ai toujours pas mangé. Je ne trouverais pas l'accueil des marcheurs malgré avoir fait le tour de tous les bâtiments. La boutique est fermée le mardi. Pas de chance, c'est exactement le jour d'aujourd'hui.
Un peu déçu par le lieu, je décide de reprendre le chemin en mangeant les tomates cerises, mais avant je remplis ma bouteille et j'emprunte définitivement quelques feuilles de papier toilette. Avant de totalement repartir, j'entre dans la petite chapelle. Très sobre, j'admire les vitraux réalisés à partir de gros morceaux de verre brut, assemblé à partir de ciment me semble t'il.
Plus qu'un kilomètre pour la Bastide Puy Laurent. Je ne serai jamais passée par Saint Laurent les Bains. J'arrive enfin. Je passe à l'office du tourisme dans l'espoir de tamponner enfin ma carte d'étapes. Rien à faire. Leur tampon est complètement insignifiant. Elle fera remonter - je l'espère - à l'association "Sur le Chemin de Robert Louis Stevenson". J'entre dans l'église. les vitraux sont aussi constitués de gros morceaux de verre bruts. Au café, je bois mon demi-fraise. Les trois jeunes s'attablent. Je file faire les courses au Vival d'à côté pour ce soir.
Il me reste presque 13 kilomètres. J'espère arriver vers 20h30. Rien n'est encore arrêté. Si je me sens trop fatiguée, j'établirai mon bivouac. Je passe devant la gare. Je pousse un premier portillon. Me voici sur les voies du chemin de fer. Je regarde à gauche et à droite, à gauche et à droite une nouvelle fois. Mieux vaut être sure. Ce serait dommage de terminer en steak. Je pousse un deuxième portillon. Je fais quelques pas et je tourne à droite, direction chemin de Stevenson. Aller tout droit est tentant : c'est le camping. Les courses chargées tant bien que mal, mon sac à dos pèse très lourd sur mes épaules. À bloc, il est en phase d'apoplexie et moi, je peine comme un âne. En mode zombie défraichi, j'avance péniblement sur le chemin en côte. Le soleil s'exprime librement. J'ai chaud, j'ai mal aux épaules et une petite téléportation ne serait pas de refus. Maintenant, je suis une extrémiste et toute aide d'avancement hors marche sera refusée, comme j'ai pu le faire tout à l'heure au café avec deux dames du Mont-Lyonnais en vacances dans le secteur à qui je devais probablement faire pitié. Le chemin monte à flanc.
17h30 - J'arrive à la crête au sommet de La Mourade, à 1309 mètres. Deux tables avec bancs m'invitent à m'asseoir. Je vais au plus près. Je bois un peu et je me pose quelques instants. Je ne croise plus aucun randonneur. Dans 8,7 kilomètres, je serai à Chasseradès. Je passe à 20 mètres du parc éolien des Taillades sud. J'entends le bruit de la pale tourner. Je la regarde un instant. C'est toujours impressionnant. J'entre dans la forêt domaniale de la Gardille. Deux quads passent. Quelques minutes plus tard, un écureuil traverse le chemin devant moi. Il casse un peu la monotonie du moment. Avec une descente interminable avec de petits cailloux assez roulants, j'arrive à Chabalier. Mes voutes plantaires ont été mises à rude épreuve. Dans 3,6 kilomètres, j'arrive à Chasseradès.
Sur le chemin de Stevenson
APRES UNE JOURNÉE DE MARCHE UN PEU PÉNIBLE, LE CAMPING SE MÉRITE
À la Halte SNCF, deux possibilités de camping s'offre à moi : La ferme de Prat Clos ou le camping municipal. Vu l'heure, j'opte pour le deuxième. J'ai aussi espoir de ne plus payer. Une personne est surement passée pour les paiements avant 19h00. Je suis le panneau. Il n'indique pas la distance à laquelle il se trouve. Une signalisation peinte sur un poteau indique que le Chemin de Stevenson se trouve à gauche. Un écriteau à base de pictogramme illustre une tente, à droite. Je sors donc du GR. Je marche au bord d'une route. Je suis vigilante car la luminosité n'est plus à son paroxysme. Au bout de la longue allée, un panneau indique qu'il me reste encore 800 mètres. J'hésite sérieusement à rebrousser chemin et à retourner sur le GR70, pour y trouver un lieu de bivouac. Je me décide à continuer. Le camping municipal n'est pas du tout collé à la ville. Dès que j'arrive, je cherche un emplacement où je pourrai charger mon téléphone à proximité. Il n'y en a pas. Le seul endroit se trouve au sanitaire. Je n'aime pas laisser mon portable sans surveillance. J'ai toujours peur de revenir et qu'il n'y soit plus. J'hésite sur le lieu d'emplacement. Je finis par me poser non loin des sanitaires. J'installe ma tente, prépare mes affaires de nuit. Je fil au sanitaire. J'aurais bien aimé une douche très chaude. Je n'aurais pas le choix car la température a été préréglée. Je me regarde 30 secondes dans la glace. Mes traits sont très tirés. J'ai vraiment l'air fatigué. Opération alimentation : je mange l'intégralité de ma barquette de carotte râpées, je termine le sachet de cacahuètes et je bois ma "Hoegaarden blanche". J'appelle ma fille - la grande - et j'accueille avec un grand plaisir l'appel de mon Homme.
00h15 - La conversation se termine. Je décide de dormir. Il est plus que temps. J'espère que la journée sera plus agréable qu'aujourd'hui.
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LUNDI 21 AOÛT 2024 - JOUR 6
LE T
7h15 - Je me réveille naturellement. Je décide d'écrire un peu à l'abri dans ma tente. Le vent semble souffler avec vigueur. J'entends un homme parler fort au téléphone. Il dit qu'ils annoncent du mauvais temps. Crotte ! J'essaie de me bouger un peu sinon, je vais finir comme hier, à partir à 9h30. Je recharge mon téléphone. Je n'ai qu'un tiers de batterie. Mon sac à dos est prêt. Au camping, j'ai revu la famille constituée de la mère, du père et de deux ados - un garçon et une fille. Je lui demande où ils s'arrêtent : au Bleymard. Selon elle, ça ne fait que 17 kilomètres mais il y a une sacrée pente à 24 %. Ils ne resteront pas jusqu'au bout. Elle doit reprendre le travail lundi et elle aimerait se poser un peu. Hier, ils ne sont pas passés par l'abbaye. Deux kilomètres de plus, lui était pénible. Je la comprends tout à fait. Elle n'a rien manqué. Nous partageons nos petits maux corporels. Habituée à la marche, malgré de bonnes chaussures, elle a plusieurs ampoules. Comme d'habitude, ils sont près une bonne demi-heure avant moi. Je m'enfile avec délectation mon Snickers. Seulement 66% de batterie au téléphone. Je n'attendrai pas plus longtemps.
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JE FILE À L'ANGLAISE DU CAMPING ET JE M'ARRÊTE MOINS D'UN KILMÈTRE APRÈS
8h30 - C'est parti ! Je pars du camping en ne passant pas par l'accueil. La culpabilité m'habite. Je file. Je suis une vraie "thug".
Je m'arrête seulement un kilomètre plus loin. À l’hôtel restaurant , je me pose à l'intérieur. À la table, à côté, un couple de personnes âgées lis le journal et discute avec le propriétaire du lieu. Celui-ci confirme que juillet/août est une période creuse pour les randonneurs. Tant mieux. Cette année ne me semble pas être une année faste. Je discute un peu avec un homme assez jeune qui habite vers le cimetière et qui voit tous les marcheurs passer devant sa fenêtre. Mon thé bu et le croissant ingurgité, je file.
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JE F
J'entre dans Chasseradès, commune Mont Lozère et Goulet. Je dévie un peu du GR pour voir le lavoir. À travers les ruelles, mon regard se porte sur un très vieux tracteur placé probablement ad æternam dans une cave voûtée sans porte. Un peu plus loin, une vieille deux chevaux bleue. Quelques enjambés plus tard, me revoici sur le GR. L'église est fermée comme souvent. Le temps est maussade. Les nuages avancent rapidement dans le ciel. Quelques percées bleuâtres. Au loin, j'entends un train. 17,2 kilomètres jusqu'au Bleymard.
En descendant la petite route goudronnée, un bac en pin (?) brut vient probablement d'être posé. Il accueille quiconque veut s'arrêter pour admirer pour admirer le viaduc de Mirandol. Il surplombe le hameau de 32 mètres. Il permet de franchir ses 18 arches, le franchissement de la rivière le "Chassezac". C'est l'ouvrage de la ligne ferroviaire du "Translozérien" reliant la Bastide Saint Laurent les Bains au Monastier-Pin-Moriès, via Mende. Je passe sous l'ouvrage et sur un petit pont sous lequel coule une eau cristalline.
Au bout du village, deux femmes attablées à une table dans leur jardinet, me saluent. Elles m'informent qu'il va faire beau. C'est chouette. L'espace bleuté gagne le ciel petit à petit. Des oiseaux gazouillent.
10h20 - j'ai à peine avancé. J'enlève mon coupe-vent et mon sweat. Je longe la voie ferrée jusqu'à l'Estampe. Un TER passe. Le conducteur et un passager me saluent. Il avertit régulièrement de sa présence prochaine. À la sortie de l'Estampe, la Croze s'élève à 1148 mètres. Un panneau en bois indique "Attention, chien lunatique". Ne vous inquiétez pas, je ne m'arrête pas. Une dizaine de vététistes me saluent. Ils se dirigent vers la fameuse côte et moi aussi. Prochainement la RD20, laissera place à une course de caisses à savon. Je passe par le Lou Devezou (alt. 1200m) et j'entre dans la forêt domaniale du Goulet. À l'ombre, protégée de part et d'autre du chemin, je monte avec application et lenteur la côte qui s'annonce prometteuse. Le vent caresse le feuillage. Personne n'est présent pour altérer les bruits venant de la nature. Je pourrai presque m'endormir si je ne montais pas cette côte.
JE FAIS UN BOUT DE CHEMIN AVEC UN BEAU SURFEUR HAWAÏEN
Un beau jeune homme élancé, qui pourrait faire penser à un surfeur hawaïen avec ses cheveux blonds aux mèches mordorées arrivent. Je me lève d'une miro-pause. Comme Martin, même s'il va plus vite que moi, il est disposé à discuter un peu et à ce que nous passions un moment ensemble. Nous entamons une montée éternelle à travers la forêt. Je ne peux pas me permettre de m'arrêter toutes les trois secondes. Il m'attend régulièrement et ne presse pas le pas.
Paul est âgé de 33 printemps. Initialement, il vient de Seine et Marne. Depuis 10 ans, il voyage à travers le monde. Barman et dans la restauration, il n'a aucun mal pour prouver des petits boulots. Il travaille environ 4 mois et bouge plus ou moins pendant 6 mois. Il part prochainement en Inde pendant 2 mois 1/2. Il y fera un stage de Yoga d'un mois. Il aspire à se poser un peu pour créer un lieu alternatif et interactif, un bar à tapas tourné sur le monde artistique accueillant des locaux et des voyageurs. Une partie de son activité, accueillerait ces itinérants dans des logis atypiques tels que des yourtes. En tant que baroudeur, il travaille dans les pays riches et voyage dans le pays qui le sont moins. Pour le moment, il arrive à faire des économies avec ce mode de vie. Le lieu du projet n'est pas encore clairement défini mais ce sera à priori en France, pays pour lequel il ressent une certaine affection. Cela fait 9 mois qu'il n'a pas fumé mais il a terriblement envie d'un pétard. Malheureusement, pour lui, en pleine forêt domaniale du Goulet, ce n'est pas gagné. Après une bonne demi-heure, il accélère le pas. Il dormira cette nuit au camping du Bleymard et souhaite faire sa lessive avant.
Dès qu'il s'éloigne, je m’assois au soleil, dans un lacet, je sors le sauciflard, le pain plus très frais d'hier et je me siffle une série de rondelles. Personne ne passe. Impression d'être seule au monde.
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JE RENCONTRE JOY, JOLIE BRUNETTE PLEINE D'ÉNERGIE AU GRAND SOURIRE
13h20 - Je replie le sac mais avant de me remettre à l'ascension de la côte, je rencontre Joy. C'est une femme de 39 ans, pleine d'énergie au grand sourire. Brunette, elle vient de partir de Chasseradès pour 3 jours, jusqu'à Florac. Elle n'est jamais partie en itinérance et se réjouit de cette nouvelle expérience. Elle est maman de deux adolescents âgés de 20 ans et 18 ans et elle est bien décidé à profiter de la vie. Elle est heureuse de voir une autre femme seule comme elle.
Je recroise Joy au village des Alpiers où je m'arrête à une table au soleil, en profitant pour remplir ma bouteille en eau, même si je ne suis qu'à deux kilomètres de Bleymard.
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MALGRÉ MES VOUTES PLANTAIRES QUI M'HURLENT D'ARRÊTER, JE SUIS PLEINE DE GRATITUDE
15h10 - Le soleil tape, le ciel est d'un bleu immaculé. L'eau de la fontaine tinte. Tout va bien sauf mes voutes plantaires qui me supplient d'arrêter.
J'ai un sentiment de grande gratitude. Je suis simplement heureuse. Je remercie la vie de me permettre de vivre ces instants de bénédicité.
Arrivée au Bleymard, je croise Paul. Il s'est installé au camping et a pris une douche attendue depuis longtemps. Nous avions dit lorsqu'il était parti que nous nous retrouverions peut-être au bar autour d'une bière. Au café, il commande une "Hoegaarden" à la pression. Je fais de même. Entre une 25cl et une 50cl, nous nous laissons aller et prenons la plus grosse. Paul m'offre ma bière. Merci !:) Nous discutons un moment et il me raconte des anecdotes de ses voyages, notamment la première fois où il a fait du stop. Je l'interroge à nouveau quant à son niveau international. En fait, il a été champion de France à l'âge de 14 ans, il y a 19 ans. Tout comme moi, il n'a pas réellement préparé son parcours. Il est parti samedi comme Martin et progresse rapidement. Sa constitution de sportif l'amène à progresser au fil du chemin sans réelle difficulté. Je pensais qu'il était à la pointe de la technicité quant à son matériel. Il n'en n'est rien. Il n'est pas du style à se prendre la tête. Il utilise ce qu'il a sous la main.
Comme moi, il écrit. Il a un petit carnet sur lequel il prend des notes. Il s'est mis un point d'honneur à n'écrire que du positif. Au fil de ses voyages, il a déjà écrit sur une cinquantaine de petits carnets.
Au café, j'en profite pour recharger un peu mon téléphone. Malgré mon peu de motivation, après m'être assise une heure environ, je me remets en marche pour atteindre la station du Mont Lozère et monter sur environ 400 mètres.
20 minutes environ après m'être engagée dans la côte, je croise Théo. Il semble assez jeune. Avec ses deux bâtons de marche, il avance d'un pas dynamique. Sa "nana" comme il l'appelle, l'a déposé pour marcher, ce jour à 16h00. Nous discutons dix minutes puis il accélère le pas. Il est attendu à la station à 19h00, pour le repas. Je le vois disparaître très rapidement.
Je monte tranquillement mais finalement assez facilement la côte. Dans un champs de genêts, alors que je suis la seule marcheuse tarée encore en action à cette heure, un chevreuil ayant été surpris se débine.
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AU MONT LOZÈRE, J'INSTALLE MA TENTE DERRIÈRE L'IMPRESSIONNANTE ÉGLISE DE LA TRINITÉ
Arrivée au Mont Lozère, je passe devant les cafés, les restaurants et les hôtels positionnés à côté du grand parking. Sur celui-ci quelques camping cars. Sur la droite, dans un champ, une tente est posée. Malgré mes yeux quelque peu défaillants, je reconnais la tenue vestimentaire de Joy. Je vais la saluer et nous échangeons quelques mots. J'hésite à lui demander si je peux m'installer à côté d'elle mais je n'en fais rien.
Quelques secondes après, je m'installe à l'arrière de l'église de la Trinité, créé par l'architecte Jean PEYTAVIN. Il fait froid. Je mets mon coupe-vent. Je rentre rapidement dans la tente. Je gèle. Sous ma couette (mon sac de couchage), malgré mon sweat, le pantalon et les chaussettes, j'ai du mal à me réchauffer. Je finirai tout de même par y arriver. J'entends un homme et une femme non loin. Ils avaient pour objectif de se placer aussi à l'arrière de l'église. Dommage, j'y suis déjà ! Ils s'éloignent.
Ma nuit sera ponctuée d'énormément de songes. Je n'ai pas eu froid.
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JEUDI 22 AOÛT 2024 - JOUR 7
LE T
Avant de plier ma tente, je fais quelques photos de celle-ci à proximité de l'église de la Trinité.
À l'abri du vent et un peu cachée, à l'arrière de l'église de la Trinité
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Je redescends sur 100 mètres et ouvre la porte du premier hôtel/bar/restaurant. À table sont attablés Catherine et un autre marcheur que j'avais entrevu mais avec lequel je n'avais pas eu l'occasion de discuter. Catherine est fière d'elle. Elle ne pensait pas avoir autant de ressources physiques. Elle assure et a une bonne dynamique. Elle s'en va assez rapidement. Ce soir, elle s'arrêtera à Mijavols, non loin du lieu où je bivouaquerai. Je parle quelques instants avec ce professeur de Sciences économiques et sociales (SES), en lycée d'Aix-en-Provence. Il arrête ce matin et va faire du stop pour rejoindre Langogne, ville où il a laissé son véhicule. Demain, il doit aider sa fille qui entre en école d'infirmière à emménager dans son appartement à Lyon. Lui aussi, part après quelques minutes préparer ses affaires. Avec Catherine, ils ont dormi à l'hôtel.
Mon style frôlant la mort, je demande à la responsable si elle peut me vendre un stylo. Elle m'en donne un de bon cœur. Je vais seule dans la grande salle à manger.
8h45 - Le temps file. J'en profite pour boire mon thé noir saveur citron et pour aller dans des toilettes digne de ce nom. Avant d'entrer dans le café, je croise Théo. Je le salue. Nous nous souhaitons bonne marche. Probablement, nous ne nous reverrons plus. Je suis surprise du nombre de personnes qui ne sont là que pour 3 ou 4 jours.
Encore assise à table, j'ai l'impression de me sentir. Je pue. J'espère que personne ne s'en rend compte. La petite pépette que je suis à une image honorable à tenir.
Je paie et je demande s'il peut me tamponner ma carte d'étapes. Là encore, un tampon des plus basiques. Le responsable m'explique qu'ils ont d'autres préoccupations à l'heure actuelle. Locataires avec sa femme, ils paient plus de 5000€ par mois pour le lieu. À son retour de vacances, la chaudière avait été inondée sous 1m40 d'eau. Les propriétaires vendant ne veulent pas faire les travaux. C'est extrêmement handicapant notamment pour l’hôtel. Ils sont actuellement en procès. Je vais aux toilettes et je reprends mon téléphone. La responsable très sympathique, recharge ma bouteille en eau.
Deux hommes entrent. Nous engageons la conversation. Le plus jeune a fait le chemin l'année dernière. Il se nomme Alexandre. Il est maraîcher. Avec son look - cheveux long et barbichette - on le surnomme souvent d'Artagnan. Il me demande où je vais. Je lui dis que je compte m'arrêter au col du Sapet. Il me conseille de poursuivre un peu et de dormir à la barraque de Bonnal qui est un abri pour les bergers et les randonneurs. Bonne idée ! Au parking des chomeurs (qui n'est pas un parking), à 1476 mètres d'altitude, je m'engage pour le sommet de Finiels qui est à 3,2 kilomètres par le GR70.
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EN PLEINE MONTÉE VERS LE SOMMET, J'AIDE MES FILLES ENFERMÉES MALENCONTREUSEMENT
Ma grande fille m'appelle. La porte de ma chambre dans laquelle elle se trouvait avec sa sœur vient de claquer. Elle se retrouve enfermée à l'intérieur. Me voici en pleine montée vers le sommet, à tenter de l'aider. Elles sont arrivées à sortir de la chambre par la fenêtre donnant sur le salon. Elle a appelé Panou - mon père - pour ouvrir cette fameuse porte.
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EN PL
Pour la première fois, je croise sur le chemin bordé de milliers de callunes, un couple avec un âne. Des colonnes de pierres plantées verticalement sur le chemin indiquent le passage que R.-L Stevenson a suivi lors de son périple.
Je n'avance guère.
Des milliers de callunes autour de moi et es colonnes de pierres plantées verticalement sur le chemin qui indiquent le passage de R.-L Stevenson lors de son périple.
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AU SOMMET DE FINIELS, JE FUIS COMME UNE PETITE SAUVAGEONNE FACE À L'EXCÈS DE BRUIT
10h45 - Me voici au sommet de Finiels.
Au sommet, je recroise l'Ami qui attend le reste du groupe. Babeth qui après son étape de 36 kilomètres a décidé de faire les étapes plus courtes. Elle s'arrêtera à Mont-Vert. Paul quant à lui, se pose à côté du bois. Il va "croquer" le paysage. Il fait souvent des esquisses puis les retravaille pour en faire naître des dessins. Ce matin, il s'est amusé avec un chien - se laissant vivre. Au bout de 40 minutes, il s'est aperçu que ce n'était pas le chemin. Retour à la case départ.
Je fais le tour des différentes tables d'orientation. À chacune d'elle, des informations différentes sont distillées. C'est très intéressant. De nombreuses personnes sont présentes. Les entendre s'exprimer à gorge déployée a tendance à me tendre. Une petit hurle à plusieurs reprises "mamannnnnn !" Elle m'agace. Mais que sa mère réponde, je vous en supplie. Mon intolérance est grande.
Couchée à même le sol sur une pelouse rase dite sabalpine, poussant sur un sol granitique pauvre en éléments nutritifs, j'écris au cœur du Parc national des Cévennes et dans le réseau Natura 2000. Ce milieu exceptionnel est aussi protégé par l'Europe.
Je sors une orange, bois un peu d'eau, renfile mes chaussettes et chaussures de marche. Tous ces groupes qui parlent comme si on était au café du coin m'insupportent à un point tel que je dois m'enfuir. Trace, petite sauvageonne !
Après 1,9 kilomètres à "courotter" en descente, en slalomant entre les pierres granitiques, je continue vers le pont de Montvert, encore à 9,3 kilomètres. Le chemin est bondé de conifères. Le soleil tape, le ciel est d'un bleu éclatant. Je descends la longue pente. Quelques marcheurs à la journée monte à contre-sens. Pendant longtemps, je ne vois plus aucune indication. Je crois m'être trompée. Je descends dans le village. Alléluia ! C'est la bonne direction.
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RENCONTRE AVEC NICOLAS - VIGNERON - QUI SE LANCE UN NOUVEAU DÉFI DE VIE
J'aperçois un homme que j'ai déjà vu à plusieurs reprises assis près d'un arbre, à l'ombre. En passant devant lui, je le salue. Nous échangeons quelques mots. Quelques minutes plus tard, mon sac est posé et nous mangeons ensemble. Il s'appelle Nicolas (BADEL). Âgé de 54 ans, il est vigneron et semble très connu. J'achèterai son vin pour le découvrir. Il a un domaine de 7 hectares. S'étant séparé il y a plus de 2 ans, il est amené à vendre le domaine qu'il a créé de toute pièce. Il n'a pas d'amertume et va se lancer dans un nouveau défi de vie. Homme de conviction, il a besoin de sens et de faire un travail qui y contribue. Il aimerait rester en Lozère et créer une épicerie au cœur d'un village, avoir un rôle important pour les anciens, lutter contre la désertification. En discutant, je lui fais pars d'une émission que j'ai vu sur une chaîne nationale qui montrait une personne allant de village en village au volant d'une camionnette adaptée en épicerie. Ses yeux s'illuminent. Il avait eu cette idée précédemment et l'avait occultée. Depuis qu'il est sur le chemin, son projet semble se dessiner de plus en plus. Je sens que l'épicerie itinérante va rester dans son esprit et faire son chemin.
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SEULE ET HEUREUSE, RECONNAISSANTE À LA VIE POUR TOUS CES ÉCHANGES HUMAINS ET CETTE NATURE ENCHANTERESSE
Après un long moment, je décide de repartir car il me reste encore beaucoup de route et Finiels n'est qu'au début du parcours de ma journée. Heureuse de l'avoir rencontré, je repars seule et heureuse. Quelle chance ai-je de rencontrer des personnes à la vie aussi riche et de partager des instants à leur côté ! J'ai beaucoup de gratitude.
Sur le chemin, Roméo me téléphone. Je ne cesse de lui envoyer des photos. Des rochers sont posés ça et là. Je suis dans une nature enchanteresse. Absolument seule en ses lieux, le paysage est extraordinaire. J'avance, heureuse et consciente de la chance que j'ai.
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AU VILLAGE DE MONT-VERT, TEMPS DE PARTAGE AUTOUR D'UNE BONNE BIÈRE, TOUS ENSEMBLE
Je redescends vers le village de Mont-Vert, bourg typique niché à la confluence du Tarn, du Rieumallet et du Martinet. Je vois en arrivant l’office du tourisme. Par chance, il n'ouvre que dans une demi-heure, c'est-à-dire à 16h00.
Je me dirige vers le premier café que je vois. L'Ancien et l'Ami y boivent une bière en attendant que leur gîte ouvre à 16h30. Je m'incruste à leur table. Guy me dit que comme je ne serai pas à son anniversaire ce soir suite au trajet que j'ai décidé de continuer, il m'offre mon verre. Je prends une pression ambrée comme lui. Je le remercie. Quelques instants plus tard, Paul arrive. Il vient d'acheter de l'encens. S'en suit Nicolas, Babeth puis le reste du groupe de Guy.
Je n'ai pas envie de partir. Ils ont tous terminé pour aujourd'hui. Pour ma part, il me reste encore 17 kilomètres à faire avec deux très bonnes montées. Je suis un peu "pompette" mais heureuse, simplement heureuse. Je quitte le bar. Je les salue.
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LE
Lors de mes rencontres et des discussions, certains me soumettent quelques suggestions de livres, de podcasts ou bien encore de livres. Ainsi Nicolas Badel (vin) me conseille de voir un film qu'il a beaucoup apprécié nommé Woman of war. L'ancien m'encourage à lire deux livres des années 60 intitulés : Chemin faisant et Le bonheur à cheval. Enfin, Paul me propose d'écouter le podcast Le Dolmen, sur Spotify . Je note et je les en remercie.
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BAIGNADE EXPRESS EN GROSSE CULOTTE ET BRASSIÈRE DE SPORT
Je passe le pont et je vais me baigner juste en dessous. J'enlève mes affaires. Je n'ai pas de culotte. Je tente de ne pas trop m'exhiber en tentant tant bien que mal de mettre ma culotte bien enveloppante en me cachant avec ma micro serviette bleue, en microfibre. Désormais en maillot de bain de fortune, je file brassière au corps. J'entre dans l'eau glacée très rapidement. Cinq minutes plus tard, je suis ressortie. Je range mes affaires, j'enfile un short et je repars jusqu'au camping, rafraîchie.
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LE
Je cherche désespéramment les signalisations. Je reviens quasiment à la case départ : le bar. Un petite demi-heure est passée. Le temps avance, pas moi. Face à la boulangerie, je prends une petite ruelle montante. J'ai croisé deux randonneurs qui venaient de Florac. Ils tiennent à m'avertir qu'avant Bedoues, c'est désertique et que je ne trouverai pas d'eau. J'en prends bonne note.
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DES CAILLOUX EN FORME DE CŒUR LE LONG DU CHEMIN DE STEVENSON
Au début du chemin, mon regard se porte sur un nouveau caillou sculpté naturellement en forme de cœur. C'est le troisième.Par la suite, j'en croiserai à de nombreuses reprises.
SSS
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FATIGUÉE, JE DOIS AVANCER CAR LA NUIT NE M'ATTENDRA PAS
Aucun inconscient dans la montée si ce n'est un trailer un peu "grossouillet" la gourde à la main. Respect. Puis quelques secondes plus loin, deux hommes en bâtons de marche en sens inverse. Je croise plus de lézards que d'êtres humains. Le paysage est splendide, désertique, égal à la Lozère, département voisin du mien, l'Aveyron, que j'affectionne particulièrement. Le trailer revient. Il rentre probablement à Montvert. Le soleil tape encore fort.
SSS
Roméo m'écrit. Il glande "grave". Je rêve moi aussi de me poser et de manger une glace géante mais pour l'heure, ce n'est pas le moment. Il faut avancer. La récompense sera au bout du chemin.
J'entame la descente entre les fougères. Une barrière doit en toute logique me permettre de passer si je l'ouvre. Je dois veiller à la refermer. Impossible, je n'y arrive pas. Je l'escalade et passe le sac par dessus. Mes épaules me font mal. J'ai pris un bon coup de soleil. Encore en brassière, je regarde mon ventre. Il est tout mou - la déprime. Je marche sur la départementale D20 en longeant un petit cours d'eau. Je pense que je n'arriverai pas à la cabane de Bonal dans les temps, c'est-à-dire avant 21h00, heure où la nuit s'engage. Il me manquera probablement une demi-heure. L'avenir me le dira.
En attendant, je monte une route étroite servant notamment à descendre le bois de la forêt. J'entre en "zone cœur de parc". Un panneau précise que les camping cars, les caravanes et les tentes sont formellement interdits - je n'ai toujours pas pu économiser mon eau. Je m'arrête et je bois un tiers de la bouteille d'un litre.
Le chemin fait désormais en terre passe par un gîte Champlong du Bouges. Un petit garçon d'environ 5 ans, donne du foin à deux chevaux. Je monte sans fin par le chemin désormais totalement dépourvu de soleil, lentement, les mains sur la taille. Je souffle et tente de cadencer ma marche. J'ai envie de m'asseoir et de ne plus avancer mais le temps est "contre moi" ou du moins pas spécialement avec moi. J'humecte régulièrement mes lèvres. Je suis vraiment exténuée.
SSS
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DEVANT LA STÈLE COMMÉMORATIVE DE RAYMOND SENN
J'arrive à un carrefour stratégique où se croisent le mythique Chemin de Stevenson (GR 70) et son GR 68, sur le massif du Bougès, à proximité du Pont-de-Montvert. Les compagnons de route de Raymond SENN - grand passionné de marche - lui ont rendu hommage en érigeant en 1991 une stèle commémorative en granit. Sur celle-ci, une épitaphe est présente :
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"Désormais le silence t'appartient. Sur ces drailles que tu aimais, à la croisée de ces chemins que tu as balisés, la Lozère n'a pas oublié l'alsacien, l'ami."
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Raymond SENN était une figure emblématique de la randonnée en Lozère et président du Comité Départemental de Randonnée Pédestre. Il a dédié plus de vingt ans de sa vie à la création, à l'aménagement et au balisage des sentiers cévenols et est principalement connu pour être le fondateur du GR68, le Tour du Mont Lozère.
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DES CAIRNS PAR DIZAINE
De nombreux arbres empilés les uns sur les autres. Une odeur intense vient caresser mes narines. Le soleil se couche. J'entame un sentier plus étroit, encore plus raide. J'entends de nombreuses présences de vie dans les bois. En haut, un plateau accueille une dizaine de cairns dont le plus imposants ressemblent à des petites tours circulaires.
Un plateau accueille une dizaine de cairns.
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LE COL DES TROIS-FAYARDS, UNE COURSE CONTRE LA MONTRE S'ENGAGE
Je suis au col des Trois-Fayards. S'en suit une descente. Malgré ma fatigue, je la fais en courant. La vue qui s'en suit est grandiose, ces collines succédant à d'autres dans un dégradé de bleu sur fond de coucher de soleil. Je ne peux m'empêcher de prendre quelques photos tout en me disant que je suis inconsciente. Mon cœur bat très vite. Je suis sous tension. J'ai peur que le jour laisse totalement place à la nuit et que je ne sois pas installée. Je marche le plus vite possible malgré le peu de force qu'il me reste. J'ai conscience de tirer trop sur la corde, d'être très joueuse, mais que de tension.
Au col des Trois-Fayards, la vue est splendide.
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AU SIGNAL DE BOUGÈS, JE MONTE RAPIDEMENT LA TENTE AVANT LA NUIT
Je finis par arriver au Signal de Bougès, à 1421 mètres d'altitude. La vue est tout bonnement extraordinaire et offre un panorama époustouflant.
20h43 - Il me reste 17 minutes avant 21h00. Je ne prends pas le temps de mettre un sweat. Toujours en brassière et en short, je tâche de rassembler le peu de concentration qu'il me reste et je monte la tente. Je ne peux m'empêcher de faire une photo de celle-ci au premier plan, laissant un panorama à couper le souffle au second plan.
21h10 - Il ne fait pas tout à fait nuit. Couchée dans la tente - pas le choix avec mon modèle "sarcophage", je vais envisager de manger. Je suis absolument seule au Signal de Bougès.
Je suis arrivée à monter ma tente juste avant la nuit face à vue une extraordinaire, au Signal de Bougès.
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Hier soir, j'ai éprouvé le besoin de rester un long moment au téléphone avec Roméo. J'avais peur, dans un premier temps de présence humaine (braconnier...) et dans un deuxième temps des animaux éventuels (j'avais gardé le saucisson bien emmitouflé dans ma tente).
1h00 - N'arrivant pas à dormir, j'ai pris un demi comprimé et j'ai mis mes boules Quiès. Paul m'avait dit au café quand je lui exposais mes peurs que dans toute sa vie, il avait dû dormir au moins deux années entières dehors en bivouaquant - en réunissant toutes les nuits - et que pour dormir, il mettait ses boules Quiès.
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VENDREDI 23 AOÛT 2024 - JOUR 8
SEULE AU MONDE DEVANT UN LEVER DE SOLEIL MAGIQUE
6h50 - Je me lève. Le réveil ne va pas tarder. Dans dix minutes, il sonnera. Je file dehors. J'assiste au lever du soleil. J'ai un spectacle "naturel" de toute beauté. Seule, je savoure ma chance d'assister à autant de magnificience. Je m'enfile mes trois dernières galettes de miel. Je plie mes affaires.
J'assiste au lever du soleil - un moment hors du temps - après un début de nuit un peu stressante, au Signal de Bougès.
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J'AI AFFRONTÉ MA PEUR !
7h45 - Je file direction Bedoues, à plus de 14 kilomètres quasiment tout en descente. Je n'ai quasiment plus de batterie au téléphone. J'ai dormi au troisième plus haut massif du parc nationale des Cévennes. Je suis heureuse d'avoir affronté ma peur.
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J'APPRENDS À CONNAITRE PLUS JOY, UNE FEMME SURPRENANTE
Je viens juste de partir quand je vois devant moi, Joy. Elle réadapte son sac. Elle a couché quelques mètres après moi. Je suis heureuse de la voir. Contrairement à mes angoisses quant au fait de dormir seule en proie à un détraqué sexuel ou une bête féroce, Joy me partage sa zénitude quant au bivouac en pleine nature. J'aimerais un jour pouvoir être aussi sereine. Nous décidons de marcher ensemble, jusqu'à Bedoues. Sur le guide et les panneaux, il est indiqué une distance de 14 kilomètres. Il n'en n'est rien. Sa montre indique 17,8 kilomètres et mon application pour compter les pas donne à peu de chose prêt la même distance que la sienne.
C'est une femme surprenante. Elle est montée à l'Etna avec son demi-frère, il y a environ 15 ans pour jeter les cendres de sa grand-mère qui a toujours aimé son mari, mort trop tôt, qui était sicilien. Aide-soignante à Villeurbanne, elle a décidé maintenant que ses fils sont grands d'évoluer professionnellement. Elle va reprendre ses études à 38 ans 3/4 quart (en septembre, 39 ans), pour trois années à l'école d'infirmière. Elle est arrivée première au concours d'entrée aux Hospices de Beaune à Lyon, en obtenant 20/20 à l'écrit et 20/20 à l'oral. Elle est belle, solaire, un vrai bonbon.
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JOY M'INVITE A MANGER UNE GROSSE PORTION DE FRITES MALGRE LA VINGTAINE DE KILOMETRES QU'IL ME RESTE A PARCOURIR
Peu avant midi, nous nous posons à une table fleurie, boire une bière ensemble en mangeant une grosse portion de frites. Elle aime prendre les personnes qui ont ponctué son chemin en photo. Je trouve que c'est une excellente idée. Lorsque je veux payer, elle m'informe qu'elle m'invite. Nous nous embrassons chaleureusement puis elle s'éloigne. Je reste encore un moment, mais j'ai tout de même une bonne vingtaine de kilomètres qui m'attend.
À Bedoues, repas partagé avec Joy
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POURQUOI S'INFLIGER TOUTE CETTE MARCHE ALORS QU'UNE PISCINE M'APPELLE ?
Je n'ai pas le courage de visiter la collégiale fortifiée, construite pour le pape Urbain V. En montant une route goudronnée, sous une grosse chaleur, un appel vient à moi. Une piscine à l'eau transparente sur une terrasse en bois accueillent des transats. Pourquoi s'infliger encore 20 kilomètres alors que mon corps et mon esprit seraient si heureux en me voyant dans cette piscine ? Cette réflexion est peut-être annonciatrice des événements futurs.
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ET PATATRAC, JE NE VOIS PLUS LA SIGNALISATION DU GR70 - GROSSE MONTÉE ET FORTE CHALEUR
Je continue à suivre les indications en rouge et blanc. Il m'avait semblé que le chemin entre Bedoues et Florac était très progressif, presque plat. Je suis en train de monter une côte qui s'annonce bien prometteuse.
Je m'aperçois que je ne vois plus aucune signalisation. Je continue quelques instants. Il faut parfois marcher un peu plus longtemps pour les voir apparaître. Personne. Absolument personne à qui demander si je suis dans la bonne direction.
Je passe par un état de déprime et de grosse fatigue. Envie de pleurer. Que faire ? Continuer et voir si je perçois les traits colorés au risque de m'éloigner encore un peu plus ou rebrousser chemin, redescendre toute la côte au risque de devoir la refaire si j'étais bien en direction de Florac ? Mon cerveau est embrouillé. Je crois que j'ai trop tiré sur la corde hier. De plus, il fait vraiment très chaud et j'ai très peu de tolérance à la chaleur. Elle m'attaque vite les nerfs. J'hésite à attendre le prochain marcheur mais ça peut durer longtemps. Je décide de rebrousser chemin et de redescendre la côte. J'essaie de trouver quelqu'un qui se trouverait dans son jardin, près de sa voiture, mais absolument personne n'est dehors.
Afin d'éviter de dévaler absolument toute la pente, je me résigne à taper à la porte d'une maison. Un petit garçon à la tête blonde m'ouvre. Un deuxième encore plus petit arrive en courant. Je leur demande si maman ou papa n'est pas là. J'entends la mère de famille dire qu'elle se rhabille. Elle arrive. Je m'excuse et je lui explique que je suis perdue et que je cherche le chemin de Stevenson qui va en direction de Florac. Elle me rassure. Je suis bien loin d'être la seule à partir dans la mauvaise direction. Avec ses explications, me voici de nouveau sur le bon chemin. Je suis toujours aussi déprimée. De cette habitation à Florac, la distance est relativement courte. En 20 minutes, j'arrive au début de la rue centrale. Un bar m'invite à m'arrêter. Je résiste et je continue à traverser la rue Jean-Monestier, puis la route de Meyrueis.
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JE DÉCIDE DE M'ARRÊTER ET DE POSER MON SAC À DOS AU CAMPING DE FLORAC
Au bout de la ville, je croise Joy. En pleine forme, sans sac à dos, elle va visiter Florac. Elle m'indique qu'elle est au camping juste après avoir traversé le pont qui franchit le Tarnon. Je lui fais état de mes déboires. Elle n'a pas eu la même problématique et elle est partie directement au bas du chemin lui évitant ainsi cette errance qui fut la mienne.
16h00 - Complètement fatiguée, je ne me sens pas le courage de faire encore presque 20 kilomètres. Je décide donc de la suivre au camping.
Alors que je passe sur le pont, une femme de mon âge, aux cheveux courts grisonnants, ultra-vitaminée, me saute presque dessus. Elle me mitraille de questions puis me dit qu'elle revient de Saint Jean du GR et qu'elle vient de faire du stop. Elle va passer deux ou trois jours ici, car elle a adoré le lieu puis elle partira à l’assaut du GR du tour des Cévennes. Je lui dis qu'elle est très dynamique. Je me sens tellement larvaire à côté. Elle m'invite à la suivre au camping Le petit vagabond qui se trouve juste collé au premier camping. J'ai un doute quant aux informations données par Joy. Pour seulement 6,20 euros, je peux prendre une douche et recharger mon téléphone. J'installe ma tente, paie ma place, achète une bière et file avec peine à la rivière juste en contre-bas. Je suis seule - parfait.
J'en profite pour appeler mes filles et Roméo. Je me baigne dans l'eau fraîche du Tarnon. Se poser fait réellement du bien. Le soleil a laissé place à l'ombre. En culotte et seins nus à la rivière, j'ai désormais un peu froid. Je me rhabille.
Je vais à la tente. Joy est présente. Comme elle m'a invitée à midi à manger des frites et une bière, je lui rends la pareille. Nous voici attablée au snack Le Pont Neuf, sur le parking de l’hôtel restaurant. Deux possibilités de Kébab. Nous voici donc à remanger des frites, un kébab et à boire de l'Orangina. La journée aura été très calorique ! Pas grave, j'en avais envie. Nous nous couchons assez tôt.
21h00 - Je ne tiens plus. J'écris à Roméo pour l'informer que je vais rejoindre les bras de Morphée. J'ai un peu de mal à m'endormir. Une jeune femme dont la tente est plantée après celle de Joy, parle au téléphone. Même si elle ne hurle pas, je bloque sur cette voix qui a tendance à m'agacer. Je finis par m'endormir.
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JE
Je ne comprends pas ma volonté de vouloir raccourcir encore le nombre de jours de marche et mon souhait d'augmenter le kilométrage par jour. Serait-ce à cause de mon Ego ? Le besoin de me lancer un défi ? Chercher mes limites en les explorant ? En décidant de m'arrêter à Florac ce soir, amène à ce que mon parcours des prochains jours soit modifié. Je souhaitais continuer jusqu'à Cassagnac et y dormir. Le lendemain, j'envisageais de bivouaquer peu après le Col Saint Pierre, pour arriver après une longue étape à Alès. Cette projection disparait et un nouveau plan de route plus conventionnel voit le jour. Comme je dormirai à Florac, je ferai demain une halte à Saint Germain-de-Calberte, puis à Saint-Jean-du-Gard pour clôturer à Alès. Ce périple me rajoutera un jour. À l'arrivée au Puy en Velay jusqu'à Alès, 11 journées me seront nécessaires, ce qui reste tout à fait honorable.
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SAMEDI 24 AOÛT 2024 - JOUR 9
LE T
6h40 - Je me lève. Je déplie la tente et range les affaires.
7h00 - Joy se réveille, ouvre la tente et y passe la tête pour vérifier - comme elle me l'avais dit hier - que je me suis bien mise en action. Une vraie mère pour moi ! Une fois mes affaires totalement pliées, nous échangeons nos derniers mots et nous nous serrons amicalement. Belle rencontre avec ce rayon de soleil.
7h16 - Je file à l’hôtel restaurant Le Pont Neuf, juste après le pont enjambant le Tarnon. Il est encore fermé et n'ouvre qu'à 7h30 pour les petits-déjeuners donc pour mon thé. Je n'attendrai pas. Direction Saint-Julien d'Arpagon.
Depuis mon départ de Florac, je suis dans les Cévennes. Dans les bois, chemin faisant de nombreux châtaigniers. Au gré d'une fine brise soufflant sur les arbres, au bruit des feuilles tombantes de-ci, de-là, j'avance totalement seule.
J'ai tendance lors des montées à parfois trop regarder le sol. Il est important d'être attentive régulièrement si un changement de direction n'est pas indiqué. Il ne fait ni chaud, ni froid. La température est parfaite. Le ciel reste couvert même si le soleil semble ne pas être loin.
En descendant le chemin, les bruits sourds des voitures circulant se font de plus en plus présents. J'entends du bruit derrière moi. Je me retourne. C'est Paul. C'est le "zozo" que j'ai entendu tousser sur un petit monticule empli de bruyères. Nous nous arrêtons boire un thé citron/gingembre à Saint Julien d'Arpagon. Nous sommes en compagnie de Vincent, le propriétaire de la petite cabane qui fait office de bar. Ils discutent tous les deux de leurs voyages. Paul partira prochainement au Vietnam, au Laos et au Cambodge. Le moment est agréable.
Une jeune femme arrive. Elle se pose avec nous sur des chaises blanches en plastique. Elle s'appelle Aurélia. Elle habite à Marseille. Elle a commencé son périple à Chasseradès et va à Florac. C'est la première fois qu'elle part en bivouac. A contre-sens de notre chemin, elle n'a quasiment rencontré personne et de ce fait, n'a que très peu parlé. De son aveu, elle ne s'en sentait pas prête. Beaucoup d'informations se bousculait dans sa tête jusqu'à maintenant. Aurélia est musicienne. Le nom de son groupe : BRIU ou BRIOU). Maintenant, elle en a trois autres : NENIA IKA (chanteuse avec violonniste), CAMINAIRES (en occitan) et DOURDOU (musique occitane expérimentale). Pour écouter ce genre de musique expérimentale, elle me conseille le groupe SOURDURENT ou COCANHA (pop française dont les deux filles commencent à être connues).
Nous faisons une photo de groupe avec Vincent. Il m'encourage à écrire, dessiner et photographier. Au même endroit, une cousinade d'une soixantaine de personnes se met en place. À certains moments de vie, Paul demande aux personnes qu'il rencontre leur chanson préférée. C'est cette "trace" qu'il garde d'eux. Il en fait ensuite des playlists très hétéroclites.
À Saint Julien d'Arpagon, photo de groupe avec Babeth, Vincent, moi, Aurélia et Paul
J'avance dans un site naturel protégé. Je suis seule. Babeth et Paul ne m'ont pas attendue quand je suis allée aux toilettes avec Aurélia. Pas grave. "La situation est parfaite" comme dirait les bouddhistes et ma copine Caroline de Carcassonne. Le chemin que je longe surplombe la rivière d'une cinquantaine de mètres. J'emprunte l'ancienne voie de chemin de fer désaffectée qui reliait Alès à Florac, sur la rive droite des gorges de ma Mimente. Le temps reste maussade. J'espère qu'il ne pleuvra pas.
À 3,4 kilomètres de Cassagnes, un écriteau en bois nous demande d'être vigilant quant aux vipères. Je m'exécute. Je traverse une route. Les voitures filent rapidement. Je ne traîne pas. Mes cuisses et mes mollets commencent à brûler. Mon rythme temps à décélérer. Je m'arrête désormais très souvent manger des mûres.
Je passe sous un troisième tunnel. Même s'ils ne sont pas longs, ils sont humides et très obscures. Heureusement, la lumière est au bout du tunnel, symboliquement l'espoir. Mon imagination étant très fertile, je cré un petit scénario avec une personne tapie dans l'ombre. Jamais assez paranoïaque, je sors ma bombe Lacrimo et la tient gentiment dans ma main droite jusqu'à enfin voir la vie se poursuivre via le chemin.
Une tronçonneuse de la marque Stilh, avec système de protection de la lame enlevé, se trouve au bord du chemin. Des images de films d'horreur défilent dans ma tête. Je ne m'attarde pas et je trace. J'apprendrais par la suite que la tronçonneuse a été ramenée à la gare de Cassagnès par Jerôme et qu'au préalable celle-ci a été testée pour voir si elle était opérationnelle.
Déambulation entre les vipères, sous les tunnels glaçants et les objets incongrus au bord des chemins
J'ai l'impression que le panneau Cassagnes n'arrive jamais. Et dire que je devais faire toute cette route hier ! Je suis heureuse de m'en avoir épargné en plein cagnard. La route est barrée. Je suppose que seul les voitures sont concernées. Un arrêté est affiché N°AR_003_2024, portant sur l'interdiction de circulation des véhicules et de l'acheminement des piétons sur le Pont du Ravin de Poumas. Un très important affouillement du mur de soutènement, une fissure verticale en milieu de mur de soutènement, une érosion du radier et son massif rocheux ainsi qu'un affaissement de la voûte, ont entraîné l'interdiction de circulation, notamment pour les randonneurs. Une signalisation de contournement en amont a été mise en place.
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ROMUALD TESTE SES CAPACITÉS PHYSIQUES POUR VOIR SI SA RÉÉDUCATION EST TERMINÉE APRÈS UN TRÈS GRAVE ACCIDENT DE VÉLO
À peine la lecture de l'arrêté finie, je rencontre Romuald. Il est parti de Monastier-Sur-Gazeille et terminera comme Stevenson à Saint-Jean-du-Gard. Il marche avec ses bâtons de marche pour clôturer un chapitre de sa vie commencé il y a un an et demi. Grand sportif, lors d'une sortie à vélo, il avait posé pied au sol et avait dévalé une pente se retrouvant cinq mètres plus loin. Sa colonne vertébrale avait été cassée et il s'était bien fissuré le crâne. Par chance, rien n'avait été déplacé. Après une rééducation où il a dû réapprendre à marcher, il souhaitait se tester et voir si sa rééducation était terminée. Il est heureux de vivre et n'hésite pas à remonter sur son vélo. Il estime que l'on doit faire ce que l'on aime par dessus tout. Son frère qui habite au Canada est actuellement sur Montpellier. Ce dernier rejoindra Romuald, le dijonnais, demain pour sa dernière étape entre Saint-Germain-de-Calberte et Saint Jean du Gard. Il lui présentera son fils. Fier, il m'informe que c'est la première fois qu'il est tonton. Il a un tarp et dort là où ça lui chante.
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R
Dans un virage, je retrouve Paul affalé au sol, relaxe, avec un couple. Je laisse Romuald et lui souhaite bon chemin. L'homme et la femme s'en vont. Nous discutons un peu. J'en profite pour manger quelques tranches de saucisson sans pain et des pois chiches en conserve avec mon couteau.
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"Je ne suis pas la professeur qui a découverte l'explication vrai et vous la livre prête à croire. Je suis la conteuse qui écoute le murmure des vents et le chant des étoiles. Accrochez-votre chance à une étoile."
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Paul a trouvé un mot sur un petit papier à la sortie de Bleymard en se perdant lorsqu'il suivait le chien. Il me le montre. Il a du mal à tout retranscrire. Je l'y aide et la lui écrit à nouveau sur ce même petit papier.
Il sort de son sac un encens et le pique dans le sol pour le faire tenir à la verticale. Nous voici en pleine nature, dans les Cévennes, à humer des odeurs d'Inde, prémisse de son prochain voyage. En parallèle, il me taquine et m'imagine et riant ma tête totalement flippée à la vue de cette tronçonneuse. Il est persuadé que j'en ai parlée dans mon journal de bord. Gagné !
Paul allume un encens en pleine nature dans les Cévennes, prémisse de son voyage en Inde
13h50 - Il repart. 20 minutes plus tard je fais de même. Il semblerait que la maison au bout du chemin où il était recommandé de veiller aux vipères soit l'ancienne gare de Cassagnas. En montant dans la forêt, absolument seule, je trouve une sorte de collant sur un grand tronc d'arbre. Je l'accroche à mon sa. Peut-être arriverai-je à retrouver sa propriétaire.
Un magnifique papillon butine les fleurs d'une menthe sauvage. À ma droite, une série de pierres à la verticale d'une cinquantaine de centimètres de hauteur environ, s'offre à ma vue. À la crête du Col de la Pierre Plantée; située à 891 mètres, la vue est magnifique. L'horizon à perte de vue permet d'admirer une succession de reliefs, dans des tonalités de leurs pastels, allant du contraste le plus affirmé jusqu'à se délaver presque totalement. Le sol est très schisteux. Cette pierre qui ressemble à un mille-feuilles a des couleurs extraordinaires. Tantôt recouverte d'un film couleur argent, tantôt tendant vers un or/bronze. J'ai envie de m'arrêter toutes les 30 secondes pour admirer les pierres. Si je m'écoutais, je chargerai mon sac mail est déjà assez lourd pour moi. Je vais donc m'abstenir.
À 891 mètres, au col de la Pierre Plantée, la vue est magnifique
Alors que je descends entre les bruyères en fleurs pour être au plus prêt de la pierre plantée, je cherche aussi un menhir. A ce moment-là, un homme hurle joyeusement pour m'interpeller. N'ayant pas mes lunettes, je ne le reconnais pas sur le coup. Je lui demande s'il est d'accord de m'attendre trois minutes. J'aimerais trouver ce fameux menhir étant déjà descendue assez bas, ce qui sous-entend qu'il faudra remonter assez haut et comme cet homme m'attend, je décide de rebrousser chemin. C'est Jérôme, le fils de Guy. Il n'est pas accompagné du groupe. Les filles ont arrêté de marcher à Cassagnas. L'Ami les a récupérées en voiture avec l'Ancien.
Nous marchons un long moment ensemble. Il a mal physiquement. Nous conversons. Le temps passe plus rapidement. Sa présence me permet de ne pas m'arrêter toutes les 30 secondes et en même temps, je sens mes pieds chauffer. Je frôle les ampoules, je le sens.
Déambu
À un embranchement, Jérôme décide de continuer par le GR. Pour ma part, j'en sors et je suis les panneaux menant au camping. Sur un arbre est cloué un fer à cheval peint en orange très vif. Globalement, les panneaux sont positionnés correctement. Je prends donc le chemin de la DFCI.
Je rencontre un moniteur d'un certain âge qui fait son tour habituel de 10 kilomètres. Une femme lui signifie en anglais, l'état de son avancement toutes les 3 minutes. Au bout de quelques minutes, il décide de la faire taire. Il vient de l'Oise et a sa résidence secondaire dans la descente. Il y reste environ 3 mois. Sa maison qu'il a rénové à l'époque est au cœur de la forêt. Une loi est passée et désormais une ancienne bergerie doit le rester lors de sa réhabilitation. Son projet ne pourrait plus voir le jour actuellement. Je lui dis que je vais au camping et habitations légères Lou Mas del Miech et que je suis les panneaux depuis le haut du chemin. Effectivement, il a vu apparaître ces panneaux l'année dernière mais il n'a aucune idée où ce camping se situe. Il finit par rejoindre son habitation. Nous nous saluons. Je continue à descendre le chemin DFCI, en me disant à chaque fois que je vais bientôt y arriver. Lorsque j'ai quitté Jérôme, nous venions de discuter avec trois personnes - une femme et deux hommes - accompagnés de deux enfants. Ces derniers m'avaient conseillée de prendre le petit chemin sur la droite qui descendait dans la forêt. Je devais en avoir pour 20 minutes. Quand j'ai vu sur l'autre chemin à droite,l'indication du camping, j'ai supposé naïvement qu'il n'était pas loin. Erreur fatale. J'aurais dû comme Paul et beaucoup d'autres, regarder sur internet avant de m'aventurer à sa recherche. Mes pieds étaient endoloris. Je commençais à m'arrêter toutes les trois secondes. Au bas de ce chemin, je suivais naïvement les panneaux. J'ai tourné à droite. Sur la gauche, j'ai vu le chemin du GR. J'ai un peu râlé mais le camping ne devait pas être loin. Après avoir suivi la route un court moment, un panneau indique que seuls les marcheurs peuvent y accéder par le petit chemin. Ce dernier est "casse-gueule". Des épines de conifères jonchent le sol. Je veille malgré ma grande fatigue à rester concentrée pour ne pas glisser d'autant que mes vieilles chaussures n'adhère plus vraiment au sol. Elles vivent leurs derniers instants. À chaque virage dans ce petit chemin qui descend toujours un peu plus, j'ai espoir d'arriver. Mais c'est comme à Euro Disneyland par période de vacances. On croit être au bout de la fil et pouvoir enfin profiter de l'attraction et on se rend compte que la file continue sans réellement savoir la teneur de sa longueur. Je descends toujours plus et j'ai vraiment l'impression de m'éloigner du village. 1h30 après le premier panneau vu en compagnie de Jérôme, je marche toujours. Mon corps a mal et souffre. Mon moral est très bas. À plusieurs reprises en voyant un bâtiment, j'y crois. Je me dis qu'enfin, j'y suis arrivée. Ils annoncent probablement de la pluie. Je m'imagine m'offrir pour quelques euros de plus une habitation légère, mais à chaque fois, je vis une déconvenue. C'est toujours plus loin. J'arrive au bout du chemin qui descend toujours plus et qui glisse terriblement. J'accède désormais à une route. Je tourne à droite. Combien de temps vais-je encore marcher pour y accéder ? Je suis complètement désespérée.
Je vois une dame dans son jardin. Je l'interpelle. Je lui dis que je suis fatiguée et désespérée et je lui demande avec une certaine difficulté de langage si c'est encore loin. Elle me dit que j'en ai encore pour 3 ou 4 kilomètres et qu'une belle montée est à prévoir. J'ai vraiment envie de pleurer. Je ne vais tout de même pas faire 2h30 de route en plus pour un camping ! J'ai l'impression d'avoir été arnaquée. En positionnant leur panneau en face du GR70, ils doivent bien se douter que certaines personnes partiront sur le chemin en imaginant comme moi que ce n'est pas loin. La dame vraiment adorable tente de trouver une solution avec moi. J'ai du mal à réfléchir. Un homme passant commence à chercher lui aussi une solution. Sa femme arrive à son tour. Il n'a pas l'air de faire la loi à la maison. Un autre homme venu de je ne sais où, bouteille d'alcool à la main, nous écoute, sans s'exprimer réellement. La dame et l'homme à la femme me disent qu'à pied pour revenir à Saint-Germain-de-Calberte, je dois remonter totalement que j'en ai pour 9 kilomètres. C'est décidé, je plante ma tente par ici. Adieu les rêves d'habitations légères et de bière au village. La déprime totale. Mon esprit est totalement embuée. J'insiste. Je dois revenir à Saint-Germain-de-Calberte.La femme se propose pour m'amener en voiture. Je suis une puriste extrémiste. Je ne peux pas décemment tricher. Ils essaient de me raisonner et m'explique que j'ai fait beaucoup de kilomètres que je n’aurais pas dû réaliser et qu'en soit je ne "triche" pas. J'acquiesce mais l'information a du mal à passer et à être digérée par mon cerveau. Une voiture noire arrive. On me dit de l'arrêter. Ils pourront peut-être m'amener quelque part. La situation va vite. Je me vois lever la mai et interpeller le véhicule. Mon état de fatigue me fait penser à un état d'alcoolémie avancé. J'ai l'impression de ne pas être vraiment consciente et de m'habiter. La voiture s'arrête. Une conversation s'engage entre moi, la femme et le couple de la voiture. Tout le monde est unanime : il est complètement stupide de remonter vers Saint-Germain-de-Calberte et de toute manière, ils vont avec leurs deux filles, Nina et Lyne, dans le sens opposé vers Saint-Etienne-Vallée-Française. Je les écoute. David (PASCAL de son nom) sort de la voiture et place mon sac à dos dans la voiture. Sa femme Stéphanie passe à l'arrière avec les filles. Il file direction le camping à Saint-Etienne-Vallée-Française. Je remercie chaleureusement la dame qui a vraiment tenté de m'aider et je disparais dans la voiture noire. Sur la route David et Stéphanie essaient de me rassurer en me disant que je n'ai absolument pas à culpabiliser, que j'ai fait des kilomètres en plus et que le chemin que je rate longe quasiment intégralement une départementale.
Je vo
Ils me déposent devant le camping. Je les remercie vraiment. Une fois mon sac à dos sur le dos, je descends à l'accueil. Il est fermé depuis presque une heure. Il n'ouvre que de 16h00 à 19h00. Pour des raisons techniques, ils n'acceptent dans le camping, que les personnes ayant réservées ou les campeurs.
20h00 - Je discute avec deux jeunes qui me disent que je pourrai voir les propriétaires demain, lorsqu’ils nettoieront les sanitaires. Ils annoncent de la pluie pour la nuit. Je monte ma tente. Le sol est très pierreux. Je m'y reprends plusieurs fois pour planter les sardines. Je n'ai plus qu'une conserve de lentille et un reste de rosé. Cela constitue mon repas que je mange dans les sanitaires, seul lieu où j'ai de la lumière. J'en profite pour recharger mon téléphone qui n'a bientôt plus de batterie. Aucun réseau.
22h00 - La pluie annoncée arrive. Il pleut de plus en plus. Je ne suis pas sure que ma tente résiste aux intempéries et que tout à l'intérieur ne soit pas mouillée. Florence, une jeune retraitée française d'origine et naturalisée suisse, vivant à Genève, vient se brosser les dents. Je lui fais état de mes aventures. Nous discutons un moment de la Suisse et du Chemin de Stevenson. Je la salue. Elle s'en va. Je file prendre ma douche. Je rêve d'une eau bien chaude. Ce n'est malheureusement pas le cas. La pluie tombe à l'extérieur de plus en plus violemment. Je n'ose plus sortir des sanitaires. Je n'ai pas vraiment analysé le chemin jusqu'à ma tente. Je risque de sérieusement prendre une deuxième douche à l'eau de pluie avant d'y arriver en espérant que ma tente ne se soit pas effondrée. Il faut prendre mon courage à deux mains et accepter d'être complètement rincée. J'ai du mal à vouloir accepter la situation. J'aspire à plus de quiétude. Je positionne ma mini serviette sur la tête, récupère ma boîte de conserve de lentilles vide, ma bouteille de rosé "Rosé de nuit" - Languedoc Saint Saturnin - qui l'est tout autant et ma petite sacoche dans laquelle je place tous les éléments importants à mon périple. J'allume la lampe torche de ma tente et je cours retrouver celle-ci.
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DIMANCHE 25 AOÛT 2024 - JOUR 10
TOUT EST HUMIDE ET MOUILLÉE - JE RÊVE D'UN LIT BIEN DOUILLE ET D'UN MINIMUM DE CONFORT
Je n'en peux plus de la moiteur. J'ai assez mal et peu dormi. La pluie est tombée à plusieurs reprises et ma tente ne semble pas 100% étanche. Je vois des gouttes perler et tomber sur mon duvet, lui aussi humide. En fait, tout l'est. Que ce soit mon matelas de sol, mon sac à dos, mon guide à moitié gondolé... Je ne suis partie qu'il y a 10 jours mais je rêve d'un lit avec une couette bien sèche, de prendre une douche avec de multiples produits de beauté, de me sécher dans une grande et vraie serviette qui sèche réellement et d'avoir des habits qui ne pue pas et qui soient quelque peu plus variés. Ça n'a l'air de rien, mais même s'il est possible de vivre avec peu comme je l'ai fait en ayant à se soucier prioritairement de manger, boire, se protéger en se logeant et prendre soin de son corps pour pouvoir avancer, un minimum de confort n'est pas négociable et finalement - on ne s'en rend pas vraiment compte - fort agréable. Je pense qu'une personne dormant à l’hôtel ou en gîte tous les jours vit une expérience différente, tout comme celle ou celui qui fait transporter ses affaires par la malle postale d'un point à un autre.
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PLUS RIEN À MANGER
Ce matin, je n'ai plus rien à manger si ce n'est du saucisson. Je pense donc que je vais "jeûner" par la force des choses. Hier soir, j'ai vu un distributeur automatique automatique de boissons chaudes, à l'entrée du camping. J'irai m'enfiler consécutivement deux chocolats chauds pour me remplir un peu le ventre.
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T'AS INTÉRÊT DE PAYER TOUT DE SUITE...
La pluie s'est remise à tomber ce matin. Ayant peu de kilomètres aujourd'hui pour rejoindre Saint Jean du Gard, je me permets de rester sous ma tente foireuse, en attendant l’accalmie. Mes jambes endolories me lancent.
9h00 - J'entends encore le ciel gronder même si je perçois par l'ouverture de ma tente, un ciel bleuté. Je décide de m'activer mais avec une certaine lenteur. Alors que j'ai emmené mon matelas de sol et mon sac de couchage au sanitaire pour les replier sur un sol sec, le responsable du camping m'harponne et me demande si la tente rouge est bien la mienne. Je confirme. Je lui explique que j'ai croisé deux jeunes hier qui m'ont avertie que je le verrai demain matin pour le nettoyage des sanitaires. Il me dit qu'il est à l'accueil. Très bien... je termine de plier mes affaires et j'arrive dans vingt minutes. Il n'attendra pas. Il a d'autres activités à enclencher. Comme je n'apprécie guère notre premier contact, je range encore un peu ma tente avant de daigner aller à la réception. C'est le camping le plus cher pour le moment sans réelle prestation. Il est à 9 euros. Je paie, je termine mon sac à dos, me coup deux tranches de saucisson pour me remplir le ventre et bois un chocolat chaud au distributeur automatique.
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PETITE BAIGNADE DU MATIN À LA RIVIÈRE DU GARDON DE SAINTE-CROIX
Je m'en vais flaquer un moment à la rivière. Juste avant le Café/Restaurant Le Martinet. J'entre et je demande s'ils ont des croissants ou des pains au chocolat. On me répond par la négative. Tant pis. Direction la rivière. Je ne vais pas jusqu'à la chute d'eau apparemment extraordinaire. Je reviendrai un jour prochain. Je reste non loin du pont de fer, entourée d'anglais. Pour le moment, peu de monde, dans ce lieu très prisé. Je trouve deux centimes au sol, entre les cailloux. Il m'en faut peu pour être heureuse. Je suis peu motivée pour reprendre le chemin. Je repars dans l'eau me rafraichir. Le soleil s'épanouit sur un ciel éclatant. Je m'endors presque. Je lutte. Je me rhabille et quitte la rivière du Gardon de Sainte Croix.
Je traverse le pont et directement à droite, je rejoins le GR70, en direction du Col Saint-Pierre. En repartant, je discute un court moment avec un couple résidant non loin et que j'avais croisé en venant. Ils m'interrogent : "ça vous prend souvent de voyager seule ?" Beaucoup de personnes m'ont posée la question. Ils me questionnent aussi sur mes peurs éventuelles et sur la solitude qui selon eux peut être difficile à gérer.
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DÉCONNECTÉE DE MA VIE QUOTIDIENNE, J’APPRÉHENDE LE RETOUR À "LA RÉALITÉ"
Plus le temps passe, plus j'ai l'impression d'être déconnectée de ma vie quotidienne, comme si celle-ci était très lointaine, qu'elle n'avait pas un jour eu de réalité, comme si ma vie n'avait été qu'un songe. Proche de l'arrivée, j'appréhende le retour. Je garde néanmoins un fil ténu avec la réalité via le téléphone, les SMS et Whatsapp, mais sans exagération.
Ce soir, je revois Roméo. J'angoisse un peu. J'ai peur de ne plus avoir de sentiments, de le regarder comme un inconnu.
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Il fait chaud, très chaud pour monter le chemin. Des perles de sueur glissent sur mes seins.
13h50 - J'entends une présence derrière moi, dans la côte. Je me retourne. C'est Paul. Il s'arrête. Son sweat est totalement mouillé de sueur. J'en profite pour m'arrêter aussi et boire un peu d'eau. Je n'ai pris qu'un litre ce matin et je sens que ça ne va pas être assez. J'essaie de me rationner un peu. Je mange quelques tranches de saucisson. Je n'ai plus rien d'autres. Il me demande où j'ai dormi. Je lui explique mes péripéties. Il en profite pour me faire un peu bisquer. Hier, il a dormi dans un gîte, dans une vraie chambre avec des draps blancs qui sentaient bons. Pendant que j'avalais les lentilles directement de la boîte, il s'en mettait plein la panse avec Babeth. Cette dernière a dormi dans le même gite que le groupe de Guy. Nous repartons. Nous arrivons au Col Saint-Pierre, marchons encore un peu avant qu'il trace sa route. Tranquillement, j'avance. J'entre dans le département du Gard. Le tracé du GR70 a été modifié et n'est plus celui répertorié dans mon guide datant de 2021. Maintenant, on passe par un chemin autrefois hors GR., la D-260, par La Teule. Le paysage est très beau, les côtes aussi. Comme Paul, mon dos est complètement mouillé. Le sac à dos n'arrange rien. Je me pose un instant. Je croise Nathalie, qui doit avoir à peu près mon âge. Comme moi, elle ne sait pas où elle dort. Ce soir, elle ira soit au camping, soit elle bivouaquera.
Des panneaux rigolos l'un sur l'autre, indiquent respectivement : "Toutes directions" si l'on monte à gauche ou "autres directions" en allant à droite. Heureusement, la signalisation du GR est présente.
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Mes jambes ont de moins en moins envie d'avancer. Finalement, le chemin passe à 300 mètres de La Teule. Il ne me reste que 2,9 kilomètres. Dans les bois de pins, les cigales chantent de plus en plus fort. Des odeurs de résineux viennent embaumer mes narines. Le paysage respire le Sud de la France. J'avance bien. Plus que 2 kilomètres. Plus loin, le panneau indique désormais 2,7 kilomètres. La vie est formidable. Un arrêté municipal indique qu'une arrivée du GR70 est bloquée en arrivant à Saint Jean du Gard. Très bien. On me demande de passer par tel endroit. Je veux bien mais où est-ce ? Je demande à un monsieur - probablement le propriétaire de l'une de ces belles maisons avec piscine - elles semblent en être toutes dotées. Il me conseille de descendre la route, très peu de voitures y passent. Pas très joueuse aujourd'hui, je l'écoute. Le temps passe vite. Je retombe sur le GR70. Parfait ! L'arrivée dans la ville est un peu glauque. Je passe par des rues étroites sans charme. J'arrive finalement au centre de Saint Jean du Gard. Je me pose au café, heureuse d'être arrivée. J'écris et je téléphone à mes filles, en attendant Roméo. J'ai très peur de ne plus ressentir de sentiments pour lui. Je termine mon Monaco. Le café va fermer. Avant, une conversation s'engage avec la table d'à côté. L'homme posé avec une femme parle beaucoup. A un moment, il exige que celle-ci prenne une glace. Il insiste fortement. Il l'exige. Je ne peux m'empêcher d'intervenir. Je ne peux laisser cette femme dans cette situation. Au début, l'homme réagit mal, puis en discutant, une réelle conversation nait. Il me parle de ses difficultés. Il vient de recevoir une demande de l’Urssaf de 16.000 euros. Il a trois procès aux fesses. Il aimerait se marier avec cette belle jeune femme à ses côtés. Nous échangeons sur la vie, sur ses méandres. Le bar fermant, nous nous saluons tous chaleureusement. Je me positionne sur un muret en attendant Roméo. Je stresse un peu.
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DÉC
Je suis heureuse de le voir, enfin. Sincèrement heureuse et soulagée que mes sentiments ne se soient pas éteints. Nous nous embrassons sincèrement, sourire aux lèvres. Il a pris un UBER pour relier Alès à Saint Jean du Gard. Nous nous serrons l'un contre l'autre. Il est égal à lui-même. Il est beau. Je l'aime. Nous filons à la crêperie de l'autre côté de la place où je l’attendais. Je suis tellement soulagée de vivre des moments avec la même intensité qu'il y a dix jours, avant le chemin de Stevenson. Nous mangeons mais nous n'insistons pas. Le temps avance et la nuit tombe. Un gîte ne nous a pas accepté car il était complet. Nous devons absolument trouver rapidement un lieu où nous bivouaquerons. À la sortie de Saint Jean du Gard, nous trouvons un terrain à l'abri des regards. Un hibou hulule. Nous installons nos sacs de couchage. L'un contre l'autre, nous dormons à la belle étoile.
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LUNDI 26 AOÛT 2024 - JOUR 11
DÉC
La nuit est ponctuée de nombreux réveils dus aux bruits de bestioles, de moments de chaud puis de froid dus à mon matelas humide... mais nous sommes ensemble.
8h05 - Nous levons le camp, direction Le Mialet. Deux secondes plus tard, nous nous arrêtons déjà pour nous dévêtir. La journée s'annonce chaude. Nous descendons essentiellement un chemin caillouteux. Arrivés au Mialet, l'église est fermée mais un peu plus loin nous entrons dans une église protestante unie de France - Communion luthérienne et réformée. L'intérieur est surprenant ne serait-ce que par sa forme hexagonale. Un espace est dédié aux enfants pour qu'ils puissent lire et s'amuser. L'épicerie/café du Mialet est fermée, à 10h00. Dommage... On se voyait bien boire une boisson chaude au soleil.Nous repartons.
Encore un arrêté municipal. Le chemin est barré. Nous tombons sur Roger (DANIEL de son nom), un fringant retraité de 95 ans, en pleine forme qui loge avec sa fille, juste après la barrière. Il nous dit de passer car les ouvriers ne sont pas là aujourd'hui. Ça nous évitera de faire le détour. Nous laissons Roger, qui s'entretient tous les matins en faisant son heure de sport et nous continuons.
Déjà 3,2 kilomètres que nous avons quitté Le Mialet, par une longue montée caillouteuse. Nous nous dirigeons vers l'Escoudas. C'est parti pour 3,5 kilomètres. Je sens les ampoules ne sont pas loin. Je décide de mettre mes sandales et de faire sécher mes chaussettes via mon épingle à nourrice accrochée au sac. Roméo est "chou", malgré ses jambes de sauterelles, il va à mon rythme.
Nous croisons deux charmantes anglaises. Elles sont parties du Puy et terminent aujourd'hui comme nous. L'une d'elle a déjà fait le chemin deux fois. Ce sera sa troisième expédition. Elles ont une bonne allure.
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DÉC
Alors que nous sommes encore et toujours dans la côte, nous rencontrons un couple adorable. Elle s'appelle Amélie. Elle a 63 ans et elle est tombée amoureuse de Patrick âgé de 67 ans, simplement en voyant sa photo sur un groupe Facebook qui réunit toutes les personnes liées à la randonnée et qui affectionnent Les Cévennes : Les Cévenoles. Quand elle l'a vu, Amélie a été prise par l'émotion. Elle n'a pas pu s'empêcher de retenir ses larmes. Le groupe Facebook a été mis en place par Patrick, qui est belge. Il tâche de se voir le plus possible mais la vie n'est pas totalement fluide aujourd'hui. Après 44 ans de mariage avec un homme qui lui achetait ce qu'elle voulait mais pour lequel son cœur n'avait jamais réellement vibré, elle se permet de vivre aujourd'hui, à ses côtés. Elle me dit de profiter de la vie, qu'elle l'a compris trop tard et de prendre tout ce qu'il y a de bon, de vivre tout simplement. Précédemment, Félicia et Joy m'ont donnée ce même conseil oh combien précieux à mes yeux. Nous parlons un long moment avec Nathalie et Patrick, les administrateurs du groupe Facebook. Ils nous proposent d'y adhérer. Le feeling est bien passé. Nous nous souhaitons mutuellement le meilleur avant de continuer nos chemins respectifs. À ce moment-là, Babeth passe. Un couple jamais vu précédemment se pose à l'ombre, non loin du Col de l'Escoudas. Nous leur emboitons le pas et nous asseyons à l'ombre, dans un espace circulaire, sans arbre. Arrêtée, j'ai un peu froid. Mon dos est complètement mouillée. Roméo a amené un pli de saucisse sèche aveyronnaise. Nous n'en faisons qu'une bouchée avec le pain complet et le pain sans gluten qui l'accompagne. Une envie de Coca Cola et d'Orangina nous anime. Ce ne sera pas pour tout de suite
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DÉC
Après l'Escoudas, nous avons rejoint le sommet et poursuivi jusqu'au col de l'Escoudas. Une horrible antenne se trouvait là, en pleine nature et une personne s'était amusée à le signaler sur un panneau avec un feutre : "Antenne implantée en pleine nature..." Nous avons suivi le sentier qui descend le long de la crête et nous sommes passés au col de Mayelle, à 469 mètres d'altitude. Avec Roméo, nous nous sommes plu à porter notre attention sur une chenille, une menthe religieuse et un scarabée. Nous les avons pris en photos et nous avons été espantés par autant de beauté quand nous avons zoomé sur leurs corps. L'intérêt est aussi de porter son attention sur de petits détails, d'admirer un arbre, une pierre, voir le beau partout, à tout instant.
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DÉC
Avant d'arriver à Montcalm, nous sommes interpeller par un sexagénaire nommé Paul. Il nous demande si nous cherchons notre chemin. Absolument pas. Une conversation s'engage. Après nous avoir demandé d'où nous venions à l'instant, il nous propose plusieurs itinéraires.
La conversation est ensuite partie sur des questions plus philosophiques. Il nous demande s'il peut nous faire un petit cadeau. Nous acceptons. Il sort l'évangile selon Jean et me l'offre. Paul est un homme érudit qui a côtoyé plusieurs églises à Alès. Il maîtrise les versets... Nous lui posons de nombreuses questions quant à la religion. Roméo bougeant dans tous les sens pour s'assouplir le dos, je propose que nous nous asseyons à même le sol. Nous avons parlé une bonne quarantaine de minutes. Il a appris le grec et l'hébreu pour pouvoir comprendre les subtilités de la Bible, de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. Il offre aussi un Évangile à Roméo - l’Évangile de Luc. Il amène une réflexion en nous, initialement attirés par la religion mais ne sachant pas par où réellement commencer. Paul nous conseille de lire le Nouveau Testament en premier lieu. Nous nous séparons. Cette rencontre nous mène à une forme de réflexion. Nous nous quittons et nous nous remettons en route, direction Montcalm et son sommet via un sentier escarpé. Nous nous arrêtons voir les tables d'orientation. Nous prenons plaisir à repérer le Mont Aigoual, le Pic Saint Loup...
Nous avons attaqué une descente abrupte. J'avais du mal car j'avais l'impression que je pouvais potentiellement glisser avec mes sandalettes. Mes chaussures me faisaient mal. J'oscillais entre les chaussures de marche et les sandales. Les descentes étaient parfois glissantes. On m'avait dit que le dernier jour était assez inintéressant. Il n'en n'est rien. Je pense sincèrement que cette journée était intense certes mais riche en points de vue, en paysages, en rencontres. Je suis heureuse d'avoir partagé ces moments intenses avec Roméo. Nous avons attaqué une descente abrupte et un peu technique. De nombreuses épines de conifères au sol amenaient à glisser très facilement. Après nous être posés un instant pour manger une barre de céréales, nous continuons et nous arrivons sur une large piste. Nous penser alors arriver tranquillement à Alès. Il n'en n'est rien. Après La Croix de Sauvage, nous entamons des montées et des descentes, quitte à escalader un peu. Les paysages restent beaux, captivants et changeant. Nous nous arrêtons régulièrement manger et nous délections de mûres, au gré de notre avancée. Nous avons monté 950 mètres et descendu 1050 mètres. Ce n'est pas mal du tout. Je suis contente d'avoir passer ces derniers moments avec mon chéri - c'était notre première randonnée ensemble. Il a su être bienveillant, m'encourager, m'aider et me supporter. Je suis heureuse, de passer la La Croix de Sauvage, par Trépeloup, de descendre via les anciennes mines de charbon témoin de Roche belle pour arriver à Notre Dame de Rochebelle, jusqu'aux dernières indications rouge et blanche à 138 mètres. Nous nous sommes assis sur les marches, heureux d'être ensemble et d'avoir terminé, main dans la main. Sur le chemin, nous amenant à la gare d'Alès où Roméo avait laissé sa voiture, nous nous arrêtons au premier café que nous voyons : le Bar du Théâtre. Après trois bières chacun, je suis un peu pompette. Nous y passons un bon moment dans un lieu à la fréquentation populaire, entre hommes trop alcoolisés au regard parfois un peu appuyé, à la grand-mère en appareil déambulatoire à petites roues buvant son apéritif et se délectant de biscuits apéritifs, à ce petit jeune me complimentant sur mes cuisseaux. Merci de remarquer que j'ai marché 300 kilomètres en tout. Nathalie est assise non loin de nous, heureuse d'être arrivée jusqu'au bout, elle aussi, au pied de l’Église Notre Dame de Rochebelle.
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Je suis contente de clôturer le chemin avec une personne qui a foulé les mêmes lieux, qui est passée par des moments de joie et de déprime comme lorsque je voulais planter ma tente n'importe où tellement j'étais fatiguée. Encore une fois, je remercie la vie pour m'avoir permis ce périple, cette bouffée d'air dans mon quotidien, ces rencontres riches qui m'ont pour chacune d'elles permises de grandir, de mener une réflexion, de rire ou d'être émue aux larmes. Je reste convaincue que chacune des conversations réalisées est porteuse de changement.
Le voyage n'est pas fini tel un sachet de thé s'infusant au fur et à mesure, la portée de cette aventure me colorera progressivement.
La vie est loin d'être finie, le chemin reste à poursuivre. Je suis emplie de gratitude et de joie. À bientôt, encore plus riche émotionnellement, sur un autre chemin. Merci à toi R.L. Stevenson de m'avoir ouverte la voie.
Emmanuelle
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